Votre union pour la paix et contre le terrorisme m’évoque ce proverbe canaque : “Mons soleil est ton soleil. Ma maison est ta maison.” Quant à votre choix courageux, il est le fruit d’une décision proprement admirable, celle-là même de l’authenticité. Le terrorisme est un mal qui répand la terreur, il est aujourd’hui pour reprendre l’expression de l’écrivain Emile Cioran “ce crime en pleine gloire”, fait de violence pure et d’inhumanité à l’égard de l’homme. Quant au terroriste, on pourrait dire ce que disait Béranger de Charles Fournier :”Il aime plus son système que l’humanité.” En tant qu’écrivain, je m’insurge contre la lâcheté de certains intellectuels contemporains qui à force de répéter que le crime est une nécessité dans un monde coupable, ont fini par attribuer aux terroristes le droit moral de tuer ! …Il suffit qu’une personne ici, à l’Hôtel de Ville de Paris pense et agisse pour une autre personne éloignée de lui, différente ou semblable, par sa culture, son mode de vie, ses difficultés, sa souffrance pour que l’idée du monde prenne tout son sens, ainsi que l’idée d’humanité. Il nous importe donc, particulièrement aujourd’hui, de défendre toutes les victimes du terrorisme et de refuser une indignation sélective.
Auteur/autrice : MPCT
Extraits du message adressé par Liliane Klein-Lieber
La Coopération Féminine est affiliée au Conseil National des Femmes Françaises et c’est dans ce cadre que nous étions entrées en contact avec l’Union Française des Femmes Musulmanes avec lesquelles nous avons à plusieurs reprises organisé des actions en vue de lutter contre le racisme et l’antisémitisme et en faveur de la Paix. (Appel des Femmes de France pour la Paix, la Tolérance et contre la Violence…) Des actions se poursuivent en ce moment qui ont pour objectif le combat en faveur de la laïcité…
Message de Maître Serge Klarsfeld
Notre association est étroitement liée à la Shoah où nous avons perdu nos parents et parfois aussi nos frères et sœurs. C’était au temps où les terrorismes d’état étaient déchaînés contre les Juifs. Aujourd’hui, quotidiennement, des Juifs sont tués par le terrorisme parce qu’ils vivent sur la terre d’Israël qui leur est contestée. Trop souvent notre association doit condamner le terrorisme palestinien et le terrorisme international qui s’attaquent aux Juifs en priorité. Mais notre association n’a pas d’œillères et nous sommes allés sur place à Hebron condamner l’attentat de Baruch Goldstein contre des fidèles musulmans. Nous sommes allés sur place à Pale dans la République serbe de Bosnie réclamer le jugement de Karadzyc et de Mladic. Nous sommes aussi allés sur place à Beyrouth en secteur musulman condamner publiquement le meurtre d’otages juifs libanais. Nous souhaitons la paix et regrettons l’échec des négociations entre Israël et l’Autorité Palestinienne, laquelle a refusé de signer et a déclenché la seconde Intifada. Nous souhaitons également que l’Union Européenne joue un rôle plus actif dans la lutte contre le terrorisme international et qu’elle ne finance pas indirectement le terrorisme comme elle le fait en ne contrôlant pas étroitement la destination de ses subventions à l’Autorité Palestinienne.
Extraits de l’intervention de Simon Blumenthal, de Algérie Ensemble
Certains de nos amis très proches ont été assassinés par les Islamistes en Algérie. Il y a 2 ans j’étais à Alger à une réunion comme celle-ci contre le terrorisme. Sidahmed Rosali discutait avec un autre ancien dirigeant qui lui disait « Oui mais quand même, Israël… » Et sa réponse a été : « On ne pourra régler le problème du Proche-Orient tant que l’intégrisme islamiste se manifestera dans le monde. » Parce qu’il est clair que la solution pour la Palestine serait beaucoup plus facile s’il n’y avait pas cet intégrisme. Il y a 3 ans nous avions sorti avec des militants algériens un Manifeste que nous avions appelé « Manifeste pour un Nuremberg contre le fascisme islamiste ». Parce que Nuremberg n’a pas été seulement la condamnation du nazisme mais de l’idéologie qui a donné naissance à cette barbarie. Or aujourd’hui, l’intégrisme islamiste remplace l’idéologie nazie pour s’imposer à travers le monde. Et c’est ce qui amène ce terrorisme. On ne peut le combattre si on ne combat pas en même temps cette idéologie de mort qui envoie des jeunes se faire sauter, qui massacre des femmes et des enfants. Cela a été le cas en Algérie, il y a eu plus de 120 000 morts ! Et ce n’était pas des Juifs, des” Croisés”, ce sont des Musulmans qui ont été assassinés par des Islamistes.
Extraits de l’intervention de Pascal Hilout
Comment pouvons-nous contribuer de façon concrète à la lutte contre le terrorisme ? Nous sommes des Français d’origine maghrébine . Cela nous donne une responsabilité encore plus grande envers nos compatriotes. Le terrorisme a trouvé un terrible terreau en terre maghrébine. Il ne reste pas confiné à cette terre frappée par le malheur. Il s’est exporté en Allemagne, a frappé aux Etats-Unis, il prospère dans les banlieues londoniennes et cherche à trouver refuge dans celles de France. Nous avons donc une obligation morale de dépister les symptômes et les germes de ce fléau et de lui opposer un espace défavorable. De cultiver l’amour et la paix …Nous considérons que le terrorisme prospère parce que nous n’avons jamais enseigné à nos enfants l’amour de nos ennemis.. Nous estimons que toute exclusion est porteuse de conflit, de haine, de passage à l’acte et donc d’attitude terroriste.. Nous sommes les nouveaux-nés de la liberté, de l’égalité et de la paix… L’avenir est à nous et à la paix des cœurs dans ce beau pays de la fraternité.
Extraits du message d’Elena BONNER
Les terroristes suicidaires ont enrichi la panoplie du terrorisme d’une arme nouvelle, bon marché et facile à transporter, arme sans nul doute appelée à proliférer de par le monde. D’aucuns mus par une sympathie tacite envers les terroristes suicidaires, pensent que la pratique de l’assassinat sur commande peut être circonscrite à un territoire. Ils se trompent. A défaut d’y mettre un terme, , très vite ces bombes humaines n’éclateront plus seulement en Israël. Elles exploseront sur les Champs Elysée, la Place Rouge, à Broadway, Piccadilly, dans les rues de Chine et d’Egypte, à Bagdad et à Damas, selon qui aura commandité l’attentat et en fonction des buts poursuivis…. Le terrorisme n’implique pas toujours l’utilisation d’armes de destruction massive. Mais il détruit toujours la conscience des masses, prive les gens de ce sentiment de sécurité qui leur est nécessaire pour vivre et sape les fondements du droit privé et international à la base de notre civilisation. Les TS ( terroristes suicidaires) commettent certes des crimes mais le crime commis par ceux qui les dirigent, les commanditaires des assassinats, doit être qualifié de crime contre l’humanité. L’incitation au suicide est un délit pénal. Tout librement consentis que puissent paraître les actes des TS, il s’agit toujours d’actes sciemment provoqués et ceux qui les commanditent, ceux qui traitent idéologiquement les terroristes souvent mineurs, les arment et les paient à titre posthume, doivent en supporter la pleine responsabilité. A défaut d’arrêter aujourd’hui l’épidémie des attentas suicides, celle-ci, dopée par les pétro-dollars investis dans les bourses d’études, les retraites et autres allocations versées aux enfants et aux géniteurs des bombes humaines, risque très vite de s’étendre à toute la planète. Musulmans et Chrétiens, Hindouistes, Catholiques et Orthodoxes, Bouddhistes et Protestants, personne ne sera garanti contre l’éventualité d’être frappés par une bombe. Il est inévitable de se faire dévorer par le crocodile auquel on livre l’un après l’autre ses voisins. Les chantres des accords de Munich en 1938 l’ont compris, mais trop tard. … Personne encore n’a réussi à arrêter la prolifération d’armes nouvelles. Les efforts internationaux ont cependant permis de prévenir l’utilisation massive des armes mettant en péril l’existence même de l’humanité, telles que les bombes atomiques ou clairement inhumaines telles les armes chimiques. Les TS qui ont fait sauter le World Trade Center ou les discothèques de Tel-Aviv sont incontestablement des armes de ce type. Paradoxalement cette évidence n’a pas l’air de susciter en Occident le sentiment de menace généralement associé aux ADM (armes de destruction massive). En Europe et en Amérique, on voit se développer une hystérie anti-israélienne, alors même qu’Israël mène une guerre non pas contre le peuple palestinien mais contre le terrorisme international. Qui orchestre cette hystérie et qui rémunère les chefs d’orchestre, nous ne le savons pas mais elle est alimentée par les palabres des experts sur l’inévitable boycott pétrolier, le chantage de Saddam Hussein et les ambitions d’un certain nombre d’hommes politiques et patrons de presse….Cette hystérie place Israël dans une situation tragique d’isolement. Mais cette situation est autrement dangereuse pour l’Europe et l’Amérique où l’on voit se lever la vague glauque de l’antisémitisme… L’ONU et les organisations européennes doivent se déterminer clairement en matière de lutte contre le terrorisme. Elles ont déjà perdu beaucoup de temps en ne créant pas de Tribunal Pénal International, en ne donnant pas une définition juridique claire du terrorisme en général et de ces nouvelles ADM que sont les TS en particulier. Elles ont omis de faire bien d’autres choses encore, ce qui permet une double approche du problème du terrorisme et affecte les relations entre les pays membres de la coalition anti-terroriste. De deux choses l’une : -soit le terrorisme alimenté par les actions anti-israéliennes, l’antisémitisme, l’anti-américanisme et les ambitions de certains politiques triomphera dans le monde -soit la raison triomphera. Il n’y a pas de 3° issue.
Extraits de l’intervention de Ghislaine Doucet ,Conseiller Juridique International de SOS ATTENTATS
Si le terrorisme n’est pas le seul ennemi de la paix, il est le négateur majeur de la paix et de la recherche de paix. Le recours au terrorisme est injustifiable, quelle que soit la cause invoquée par ses auteurs, en temps de guerre comme en temps de paix. Il ne suffit pas de le condamner, encore faut-il le combattre par des moyens fermes adaptés et appropriés, en veillant à ne pas porter atteinte aux droits essentiels attachés à la personne humaine. Surtout il faut prévenir, comme l’a dit Jacky Mamou dans son dernier point. Sans politique de prévention adaptée, le terrorisme ne sera pas endigué. A l’inverse une politique de répression mal dirigée pourrait l’encourager. Le rôle des ONG face au terrorisme devrait être multiple. Il pourrait être plus clair . Alors que les ONG interviennent pour défendre les civils dans les conflits armés, paradoxalement, elles n’ont pas pris en considération les victimes du terrorisme. Pendant longtemps, jusqu’à une période récente, celles-ci ont été relativement délaissées, un peu comme si elles étaient responsables de ce qui leur arrivait. Le combat de SOS Attentats en France ONG créée par des victimes, pour les victimes, c’est ce qui lui a conféré sa force auprès des instances nationales et internationales. Sa fondatrice Françoise Rudetzki, a compris en tant que victime, que rien n’était prévu en France pour accompagner les victimes d’attentats.. -En 1986, SOS A a réussi à imposer la création d’un Fonds d’Indemnisation spécifique qui indemnise intégralement et prend en charge les victimes d’attentats en France, quelle que soit leur nationalité et la régularité de leur séjour, et les victimes françaises ou ayant la double nationalité d’attentats commis à l’étranger. Le Fonds fonctionne grâce à la solidarité nationale, alimenté par un prélèvement de 3€ sur chaque contrat d’assurance. – L’association a depuis longtemps compris que le terrorisme est une nouvelle forme de guerre et a fait en sorte que la France adopte une Loi en 1990 reconnaissant aux victimes d’attentats le statut de victime civile de guerre. -La réparation judiciaire . Pour une victime, la réparation ne peut se faire sans procès. SOS A est la seule association qui a le pouvoir de se porter partie civile aux côtés des victimes dans des procédures criminelles. Ainsi en novembre dernier, au procès en appel de Boualem Bensaïd( condamné pour trois des attentats de 1995), SOS A était présent aux côtes des 212 parties civiles. Concernant l’attentat du DC10 d’UTA SOS A a pu remettre le dossier d’instruction français à des avocats américains qui ont ainsi déposé plainte au nom de 7 victimes américaines de l’attentat.. – L’accompagnement des victimes Les études épidémiologiques diligentées par SOS A ont mis en évidence que les victimes du terrorisme souffraient de troubles très spécifiques : ainsi les troubles post-traumatiques sont plus importants chez les victimes du terrorisme que chez les anciens combattants du Vietnam. Le combat international de SOS Attentats, seule ONG agréée auprès de l’ONU ayant pour objectif la défense des victimes du terrorisme. Le terrorisme est un fléau international mais ses victimes sont relativement délaissées. Les conventions internationales n’en font pas état. Nous sommes convaincus que la communauté internationale doit se doter d’un statut pour l’ensemble de victimes, et ce sans discrimination aucune. Les victimes d’attentats ne doivent pas être plus ou moins bien traitées selon leur nationalité, selon l’endroit où le crime a été commis, selon la qualité de l’auteur du crime subi. Une victime reste une victime, ses droits ne doivent pas varier.{{Pour ce combat nous avons besoin des autres ONG.}} Concernant la Cour Pénale Internationale, le crime de terrorisme est explicitement exclu de son statut, la raison invoquée étant que les Etats ne seraient pas parvenus à un consensus sur la définition du terrorisme -faux prétexte selon Philippe Kirch, l’actuel président de la CPI. Qu’en est-il exactement? Commis en tant de guerre, le terrorisme peut être qualifié, selon son ampleur, de crime de guerre ou de crime contre l’humanité. En temps de paix, on pourrait le qualifier de crime contre l’humanité à condition que tous les critères inscrits dans les textes du Statut de Rome soient remplis. Pour éviter tous ces atermoiements, nous pensons que le crime de terrorisme devrait être inscrit en tant que tel, en tant qu’infraction parmi les plus graves au droit international, dans le statut de la CPI. Cela permettrait aux victimes d’être traitées avec équité, sans marchandage, et aux auteurs présumés d’actes de terrorisme d’avoir droit à un procès dans le respect des garanties judiciaires. SOS A est fermement contre la peine de mort et déplore qu’aujourd’hui certains tribunaux prononcent de telles condamnations. Enfin, l’inclusion du crime de terrorisme dans le statut de la CPI permettrait aussi que des dirigeants d’Etat en exercice puissent répondre de leurs actes en qualité de commanditaires ou de financiers du terrorisme.
Extraits de l’intervention de François Zimeray, Député Européen
Je vous prie d’excuser mon arrivée tardive : la mise à l’ordre du jour du Parlement Européen d’un point non prévu, la barrière de sécurité, m’a retenu à Strasbourg où je dois repartir immédiatement. « Mur » ou « barrière », peu importe. Personnellement je suis favorable à une séparation entre Israéliens et Palestiniens, prélude pour la paix. En créant cette association ,vous avez choisi de vous concentrer sur un point qu’il est très difficile de comprendre. Je n’en connais pas de plus difficile et je n’en connais pas de plus important. Je garderai le souvenir de ces années au Parlement Européen qu’il y a deux sortes de personnes : celles qui condamnent le Terrorisme, qui le combattent et celles qui le comprennent. C’est une ligne de partage essentielle. Le terrorisme est souvent condamné mais rarement combattu. Condamner le terrorisme est assez aisé, même si on a pu entendre dans l’enceinte du Parlement Européen à propos du Hamas « ce n’est pas du terrorisme, c’est de la résistance ». Le terrorisme est difficile à comprendre pour nous, Français, esprits cartésiens . Nous n’avons pas le logiciel qui nous permet de nous mettre à la place de ceux qui sont suffisamment fanatiques pour poser du bombes et frapper délibérément des civils ou plus encore, se faire sauter au milieu de civils. Et puisque nous ne résignons pas à ne pas le comprendre, nous apposons des explications : le désespoir, l’occupation… A elle seule, aucune n’est pertinente, aucune n’est moralement admissible. Si le terrorisme n’est pas compris, en réalité il est justifié. Je l’ai constaté avec beaucoup de douleur dans la plupart des propos parlementaires. « Je le condamne mais… ». C’est comme « Je ne suis pas raciste mais… » Cela me sépare de bien de mes collègues : dès lors que l’on commence à justifier le terrorisme, des gens dont je me croyais proche, avec lesquels je croyais être en communion, s’éloignent de moi, car je ne peux admettre que l’on recherche l’ombre d’une justification à ces actes épouvantables. Je me souviens, je me souviendrai toujours de la visite qu’ont rendue au Parlement Européen des victimes israéliennes du terrorisme. Elle a été déterminante pour moi et pour un certain nombre de mes collègues. Je me souviens du récit d’un père qui avait perdu sa fille dans l’attentat de la Pizzéria Sbarro. Parce que ce père, qui avait réussi à transformer sa souffrance en discours et en combat, nous a dit « Vous pouvez faire quelque chose » et ses paroles résonnent toujours en moi. Je ne sais pourquoi il y avait aussi dans cette délégation un père qui venait de perdre sa femme et ses deux petits garçons trois semaines avant dans l’attentat du Kibboutz Metzer . Cet homme qui avait à peine commencé son deuil, transporté là dans la froideur du Parlement Européen, ne pouvait pas parler. Il ne pouvait que caresser du bout des doigts la photo de sa femme et de ses enfants. Nous avons beaucoup de mal à compatir, à partager l’émotion. Voilà les leçons que m’inspire la distance qui se fait entre Israël et l’Europe : nous ne partageons pas les mêmes émotions. Les vrais héros, ceux qui n’auront jamais le Prix Nobel, ce sont ces mères de famille qui voient leurs enfants partir à l’école sans savoir si elles les reverront, ces chauffeurs de bus qui prennent leur service chaque matin. Si nous ne comprenons pas cela, nous ne pouvons comprendre la politique de cet état. Il n’y a pas qu’Israël, vous avez replacé le terrorisme dans une perspective plus large. Il y a l’Algérie et il y a tous les pays qui sont frappés par les attentats . Mais nous avons du mal à regarder la réalité en face, dès lors qu’elle n’est pas conforme à l’idée qu’on s’en fait. On ne voit que ce que l’on croit ! Quand on demande à des jeunes ce qu’évoque pour eux la guerre d’Algérie, ils disent : la mobilisation, les rapatriés, la torture. Certes, il est très bon que la France ait fini par regarder en face cette page noire de son histoire et ait reconnu ses responsabilités. Mais il reste une page non-enseignée: le terrorisme. S’il ne justifiait en aucun cas pas la torture, c’est une réalité de cette période qui reste occultée, de la même façon que nous avons cessé de nous indigner des centaines de milliers de morts du terrorisme en Algérie aujourd’hui. Albert Camus nous manque ! A-t-on encore un écrivain, un philosophe qui ait pensé le terrorisme avec cette précision, cette rigueur, cette exigence ? Il a toujours condamné et démonté avec une implacable constance la logique du terrorisme et je rends grâce à ceux qui ont publié la compilation des écrits d’Albert Camus sur le terrorisme. Il est très utile de se replonger dans ses écrits pour mieux contribuer à la réfutation de toutes les justifications du terrorisme. Notre responsabilité d’Européens, c’est d’abord, comme nous y invitaient les victimes dont j’ai parlé, de combattre le terrorisme, c’est à dire de faire cesser toute sorte d’incitation à la haine. C’est d’exiger un contrôle du financement, dont on sait qu’il peut être détourné vers la corruption et, plus grave, vers le terrorisme, vers l’éducation à la haine et l’incitation au martyr. Depuis quelques années, j’ai découvert que le contribuable européen finançait un système éducatif basé sur une pédagogie de la haine et une incitation permanente au martyr, alors que notre histoire nous qualifie pour nous comporter autrement ! L’Europe ne s’est pas seulement faite sur le charbon, l’acier et l’euro. Notre histoire c’est celle de la réconciliation franco-allemande, du dialogue, du partage, du pardon. Lorsque l’on trouve dans le testament de certains auteurs d’attentats suicides des phrases entières qui proviennent de manuels scolaires qui ont servi de base à un enseignement que nous finançons, je dis que notre aveuglement a tué et cela je ne peux l’admettre ! Je précise une fois de plus que je suis favorable au financement de l’Autorité Palestinienne à condition que ce financement aille dans le sens du développement et de la paix. En 1946, une commission a été mise en place par De Gaulle et Adenauer pour retirer les phrase anti-allemandes des manuels français et les phrases anti-françaises des manuels allemands. On a cessé d’appeler les Allemands « boches ». Nous les avons nommés par d’autres noms et regardés avec d’autres yeux. Notre aveuglement est coupable parce qu’un enseignement que nous avons financé a empoisonné l’âme des enfants. Heureusement , tous ceux qui ont reçu cette éducation ne se sont pas transformés en bombes humaines. Mais tous ceux qui se sont transformés en bombes humaines ont reçu cette éducation avant de recevoir un endoctrinement plus conséquent. Si l’enquête lancée aboutit à la démonstration qu’effectivement de l’argent européen a pu servir au financement des Brigades des Martyrs d’Al Aqsah ou à toute action terroriste, alors je serai le premier à réclamer la démission de la Commission Européenne. Enfin, j’ai noté que vous mentionniez qu’il est dans la société palestinienne des gens qui ont le courage de réfuter le terrorisme, de la condamner. Ces gens, notre devoir est de les aider et de les protéger car ils sont menacés. Ce sont d’authentiques militants, d’authentiques patriotes et notre responsabilité est de les aider car le peuple palestinien mérite un autre leadership. Avant de regagner Strasbourg, je vous remercie de votre mobilisation. Curieusement, nous ne sommes pas nombreux à considérer que le terrorisme est un crime contre l’humanité. L’enjeu n’est pas seulement matériel et politique, il est éthique . Nous avons à planter des bannières sur le terrain moral et à les tenir haut et ferme pour ne jamais tolérer l’ombre d’une justification du terrorisme.
Extraits de l’intervention de Jacky Mamou
Notre condamnation des groupes armés palestiniens porte sur leur méthode de lutte. Le rapport ne conteste en aucune manière le droit des Palestiniens à lutter d’une manière politique, sociale, non-violente pour l’obtention d’un état souverain. Rappel : des patriotes palestiniens ont pris le risque de lancer une pétition pour condamner les attentats. Il y une difficulté majeure à obtenir la définition de ce qu’est le terrorisme du point de vue juridique. Cherif Bassiouni le définit comme une stratégie de violence qui vise les innocents afin d’atteindre des objectifs politiques. Il faut déterminer la responsabilité à partir de l’acte et non des intentions revendiquées par cet acte. Le rôle des ONG face au terrorisme peut être défini à partir de 11 « commandements » : 1 ) Rappeler le Droit International Humanitaire qui repose sur le principe essentiel de distinction entre civils et militaires et interdit explicitement les actes dont le but est de répandre la terreur parmi la population civile (Conventions de Genève et Protocoles additionnels). 2)Condamner le terrorisme Selon le Statut de la Cour Pénale Internationale lancer des attaques délibérées contre la population civile lors d’un conflit armé représente un crime de guerre. En temps de paix ou de guerre, les meurtres ou autres actes inhumains causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique, constituent des crimes contre l’humanité. 3) Jouer un rôle d’éclaireur par rapport aux instances internationales , sans se laisser paralyser par l’absence de définition consensuelle du terrorisme ou l’absence d’inclusion du terrorisme dans le champs de compétence de la Cour Pénale Internationale. Refuser d’entrer dans le débat sur le « terrorisme d’état » qui justifierait le terrorisme. S’appuyer toujours sur la notion de protection des populations civiles contre les violences exercées sur elles, en toutes circonstances. 4) Donner la parole aux victimes, tâche essentielle des ONG : Porter la parole des victimes du terrorisme sur la place publique en publiant des témoignages et en élaborant des rapports. 5) Vigilance : ne pas accepter de dérives et violations des droits de l’homme sous prétexte de lutte contre le terrorisme. ( Statut des prisonniers de Guantanamo…) 6) Mobiliser les acteurs de la société civile afin de CASSER TOUT SOUTIEN MORAL AU TERRORISME : -Convaincre le monde associatif, s’appuyer sur les intellectuels ( les paroles prémonitoires de Camus !), les historiens ( l’Algérie marquée par la violence), les religieux. -Mobiliser les juristes qui doivent élaborer des outils pour définir le terrorisme et aboutir à une condamnation, sans équivoque ni exception, des actes terroristes. 7) Interpeller les gouvernements pour qu’ils mettent leurs actes en accord avec leurs discours : pourquoi le gouvernement français a-t-il mis tant de temps à mettre le Hamas sur la liste des organisations terroristes ? Pourquoi est-il si difficile d’y mettre non seulement la branche armée mais la branche politique et sociale ? 8) Dénoncer les pays qui soutiennent le terrorisme, Syrie, Iran… 9) Comprendre la nature du terrorisme : -intégrer la mondialisation des réseaux qui fait qu’aucun continent n’est épargné, saisir l’organisation sans structure hiérarchique des groupes terroristes, la polyvalence et le bon niveau technique et intellectuel des terroristes, appréhender que la dimension religieuse a supplanté la dimension nationaliste ce qui permet d’élargir la base de sympathie, maîtriser la médiatisation des actions terroristes qui donne à leurs auteurs un écho démesuré, démonter la victimisation des auteurs d’attentats contre les civils et la phraséologie du martyr. 10) Interpeller les instances multigouvernementales, en particulier l’ONU. 11) Lutter contre la pauvreté, l’exclusion et les maladies qui dévastent une grande partie de l’humanité et font le terreau de recrutement des groupes terroristes armés.
Compte-rendu général
Tant de choses fortes ont été dites lors de cette Conférence que nous avons décidé de publier des extraits des principales interventions plutôt que de les résumer simplement. L’exposé de François Zimeray, qui a accepté d’être notre Président d’Honneur, a dégagé le sens profond de notre combat, tandis que Jacky Mamou et Ghislaine Doucet se sont attachés à définir plus précisément le rôle des ONG face au terrorisme. Nous avions convié très largement personnalités, associations démocratiques et humanitaires. Si nous avons regretté l’absence de réponse des plus grandes organisations, d’autres avaient répondu présentes et nous nous en félicitons. Dans la salle on notait la présence de plusieurs personnalités, universitaires, militants attachés à la paix et aux droits de l’homme et cela aussi est très important. Des liens se sont noués entre différentes générations de militants, depuis des survivants de la Shoah jusqu’à de jeunes militants associatifs engagés dans le combat humanitaire d’aujourd’hui. Au-delà du symbole, c’est la preuve que notre combat prend corps. Faute de temps, tous ceux qui le souhaitaient n’ont malheureusement pas pu prendre la parole et tous les messages n’ont pu être lus. Mais la soirée a tout de même permis à des positions très diverses de s’exprimer. Attachés au libre débat démocratique nous avons essayé de les rapporter fidèlement, même si nous ne les partageons pas toutes. Car ce qui unit les participants à cette Conférence, la volonté farouche, pour reprendre les termes de Jacky Mamou, de « casser tout soutien moral au terrorisme », est bien plus fort que ce qui les sépare. Désormais elle les soude, elle nous soude pour affermir un combat dont les récents événements ont confirmé l’urgence. Interventions de Jacky Mamou, ancien Président de Médecins du Monde et d’Eric Ghozlan, Psychologue ClinicienExtraits de la présentation par Eric Ghozlan du Rapport de Médecins du Monde de juillet 2003 : « Les civils israéliens victimes des attaques des groupes armés palestiniens » (Mission d’enquête Médecins du Monde- Israël – août 2002) Le rapport intégral peut être consulté sur le site de MDM Ce rapport rendu public en juillet 2003 est le deuxième volet d’un Rapport en deux parties intitulé : « Les civils israéliens et palestiniens victimes d’un conflit sans fin ». Un premier rapport, réalisé à partir d’une enquête menée avec la FIDH en mai 2002 à Naplouse et publié en juillet 2002, concluait à des violations du droit international humanitaire pendant l’opération « Mur de Protection ». La FIDH a refusé de participer à la 2° enquête. Nous avons eu beaucoup de mal à réunir des données en août 2002. Les Israéliens pris dans la tourmente des attentats n’avaient pas de statistiques. Les chiffres établis en recoupant les informations de diverses sources, officielles, hospitalières et d’ONG comme B’Selem sont clairs : le nombre de victimes d’attentats (blessés et morts) est passé de 301 en 2000 à 2011 en 2002. ( Chiffres valables au 18 juillet 2002). La répartition géographique des attentats montre que Jérusalem, ville très ancienne et très peuplée, est la plus frappée (49 attentats au 1° semestre 2002). Le centre hospitalier du centre de Jérusalem est « sur la ligne de front » et le service des urgences a dû être agrandi. La proportion de victimes civiles est de 71 % pour l’ensemble et de 83% à Jérusalem. Les enfants de 0 à 10 ans représentent 4 % des victimes, les enfants et jeunes de 11 à 20 ans 21%, les personnes de plus de 60 ans, 16 %. Les femmes représentent 51% des civils tués à l’intérieur d’Israël. Le principe de distinction entre objectifs militaires et populations civiles n’étant pas respecté par les groupes armés palestiniens, les attaques contre les civils israéliens représentent un crime de guerre. Les attentats « démocides » : néologisme inventé pour désigner les attentats suicides. Nous récusons le terme de « kamikaze » qui fait référence à une action visant une cible militaire et met l’accent sur l’assaillant et non la victime. Ils constituent des crimes contre l’humanité car -systématiques -très fréquents -ciblant les civils -commis dans des lieux publics très fréquentés -cherchant à provoquer un maximum de dégâts par l’usage d’explosifs et d’agents vulnérants dans le but d’infliger des souffrances maximales aux survivants -leur mode opératoire diffère des autres formes d’attaques terroristes ou militaires. La personne du terroriste est réduite à sa dimension physique, son corps servant de projectile. Ce type d’attentat tend à se propager dans le monde. Nous avons recueilli les témoignages de plusieurs victimes. L’onde de choc a un pouvoir lésionnel extrêmement important et elle est démultipliée en milieu fermé. Les victimes aux membres arrachés ne survivent jamais. L’adjonction d’objets métalliques crée des lésions supplémentaires. Itzak, 57 ans, électricien : « J’ai encore un boulon dans le thorax. Ils ne veulent pas me l’enlever. Moi, je ne veux pas le garder en moi. » Des victimes doivent garder dans le corps boulons ou bouts d’os étranger, le risque opératoire pour les extraire étant trop grand. Il y a l’effet déstructurant du corps-bombe, l’horreur du bout de corps qui touche une victime. Le traumatisme psychique entraîne une névrose traumatique avec asthénie, troubles du sommeil, cauchemars à répétition, comportements phobiques, troubles de la mémoire, chez l’enfant attitude régressive et troubles caractériels. Je citerai le message d’un enfant victime exprimé sur un dessin : « Jusqu’à quand ? Assez !! »

