{Nous poursuivons avec cet exposé de la journaliste et essayiste Claire Brière Blanchet la publication des contributions à la conférence du 23 octobre 2013 “Résister au terrorisme, la leçon d’Albert Camus”.}Pour voir l’enregistrement de l’intervention de Claire Brière Blanchet à cette conférence :[http://www.youtube.com/watch?v=QTaAyKaajqA ->http://www.youtube.com/watch?v=QTaAyKaajqA ] Je dédie ce temps d’intervention à Ayan Hirsi Ali, à Wafa Sultan, à mes amis iraniens exécutés ou exilés, et à Robert Redeker.{{Depuis le 11 Septembre }}20 000 personnes sont mortes dans des attentats à travers le monde, pour la plupart des civils, femmes, enfants, vieillards, personne ne fut épargné.La liste des pays visés n’a cessé de s’étendre: Afghanistan, Pakistan, Irak, Turquie Egypte, Inde, Sri Lanka, Nigeria, Somalie, Kenya, Ethiopie, Indonésie, Russie, Etats Unis, Argentine, Lybie, Algérie, Maroc, Tunisie, Yémen, France. Angleterre, Espagne, Etats-Unis…..Attentats, contre de simples civils, contre des restaurants, marchés, galeries commerciales, meurtres de juifs, de chrétiens, d’ Européens, d’ Américains, assassinats des « infidèles », des « associateurs » , des « taghoutis », des « mofsed ô felarz », des impurs. Al Jazzera, et les prêches dans les mosquées du monde ont véhiculé et relayé les appels au meurtre. Longtemps nous avons présenté les islamistes comme des desperados. Et les attentats que certains groupes et milices commettaient à l’image d’une geste héroïque d’exilés magnifiques, une révolte des « sans-terre ». Je pense aux palestiniens du FPLP, du FDPLP, de septembre noir, d’Ahmad Jibril, du djihad islamique, des feddayin al-qhalq, ou al- islam, aux auteurs d’attentats contre les ambassades, contre les soldats de la Finul, les avions de ligne, les autobus. Tout cela au long des années 60-70, nous l’avons considéré comme le fait d’hommes rendus fous de désespoir face à un avenir forclos.Il s’agissait pourtant, et déjà, d’assassinats froids et épouvantablement violents. Nous y reviendrons.{{Puis vint le mouvement qui souleva l’Iran « au nom de Dieu »renversa le Shah et plébiscita Khomeyni en 1979. }}Dans l’enthousiasme que provoqua et provoque toujours chez nous chaque fait de révolution on parla beaucoup des “mostazzafins” les “déshérités sur la terre”, et l’on vit en effet des va-nu-pieds et des misérables, par millions ivres de revanche crier à l’Imam et au Mahdi. Ce bouleversement accoucha du Hezbollah et des sinistres pasdarans. Assassinats politico- religieux , attaque de synagogues dont celle de Buenos Aires en 1985 qui fit 85 morts et 200 blessés, la synagogue de la Ghriba à Djerba, l’une des plus anciennes d’Afrique, plus de 20 morts. Le rythme des attentats n’a cessé, depuis, d’augmenter et de se répandre.{{“Après ceux du samedi, ceux du dimanche”.}}Désormais ce sont les chrétiens qui sont visés. Ils ont fui l’Irak, et l’Egypte. Aujourd’hui la Syrie. Déjà en 1982- 1983, les islamistes des gama’at, après Sadate en 81, avaient assassiné des coptes à Miniah et Assiout où ils sont parfaitement implantés, incendié leurs commerces, leurs maisons et leurs églises. Ils attaquèrent ensuite les édifices chrétiens du Caire et d’Alexandrie et cela continue: 62 églises coptes attaquées, pillées et brûlées, ces deux dernières années. Ce que l’on ne dit pas, ce sont les assassinats, les enlèvements et les viols aussi commis sur de jeunes chrétiennes. La moyenne et la haute Egypte sont loin de la place Trahir.{{Et puis vinrent plus atroces encore les images exhibées }}de corps suppliciés et dépecés, de pendaisons publiques, vidéos d’égorgements en direct comme celui de Daniel Pearl et d’autres otages, de « décollations » à la hache filmées pour mieux édifier, ce que fit Mohammad Merah en kidnappant un enfant de 9 ou 11 ans , avant d’assassiner ses victimes. Pakistan, Afghanistan, Soudan, petites filles que l’on tente d’assassiner pour avoir voulu aller à l’école, comme ce fut le cas en Algérie pendant la guerre livrée par le FIS et les GIA. Ces derniers temps les talibans afghans de la vallée de la Swat ont attaqué 800 établissements scolaires. Heureusement, l’une de ces écolières fut sauvée et, désormais, honorée du prix Sakharov, Malala.Mais pour une Malala combien d’êtres, combien de femmes livrées aux djihadistes pour le djihad sexuel, combien de femmes condamnées lapidées, enterrées vives, par le fait de ces hommes fous et fanatiques adeptes de ce qu’on appelle pudiquement un « islam radical ». Je me permets une incise, depuis que notre « modéré » Rohani est au pouvoir, il y a eu 150 exécutions pendaisons publiques aux ponts et aux grues et sur les marchés. Ne serait-ce que par cette autorisation de violence sur les femmes, les juifs, les chrétiens, les non-musulmans, les croyants coupables d’apostasie, sur ceux qui se convertissent et quittent l’islam, cette exclusion totale et absolue, voilà déjà l’une des racines du terrorisme islamique.En ce sens, celui de l’exclusion de l’autre, de son meurtre justifié , accompagné de son antisémitisme effréné, sous prétexte de révolte ou de révolution, de « rébellion », sous prétexte d’anti colonialisme et d’anti impérialisme, j’affirme que l’islamisme est un nouveau nazisme, un nouveau totalitarisme.Il est nécessaire de faire nôtre cette phrase d’Albert Camus selon laquelle « On n’a pas fini de se révolter. Mais cette fois il va falloir se révolter contre la révolte ».{{Les faits que j’ai très brièvement évoqués révèlent un déchainement de haine paranoïaque, un ressentiment furieux et une sauvagerie sans précèdent. Avec un but: détruire.}}Détruire Sodome et Gomorrhe, détruire les civilisations judéo-chrétiennes, tout ce qui les incarne et tout ce qu’elles incarnent. L’un des premiers gestes de la révolution iranienne, fut, avant même la chute du shah de détruire le 5 novembre 1978, toutes les boutiques et bars vendant de l’alcool. Téhéran brûlait. C’est le sens de la destruction des bouddhas de Bamyan. Le sens des rumeurs concernant la destruction des pyramides de Gizeh lorsque Mohammad Morsi accéda au pouvoir. Rien n’est autorisé à vivre ni à se manifester, que ce soit de l’ordre du plaisir ou de ce qui avait précédé l’Islam. Tabula rasa hors de la pureté coranique et de ses diktats.Pensez, en 1979, lorsque Khomeiny arrive au pouvoir, les Hezbollahi vont exercer la première prise d’otage d’ampleur internationale, inaugurant une nouvelle forme de guerre. En kidnappant 440 personnes, c’est l’Amérique qui est prise en otage. Mais on pense encore alors, majoritairement, que ça va passer, que les autorités cléricales vont se calmer face aux réalités du monde en mouvement. Eh bien pas du tout. {{C’est là et à ce moment- là que la violence du Hezbollah exacerbée par la guerre qui se déclare entre l’Iran et l’Irak rencontre celle de la guerre libanaise et que le Hezbollah, loin de reculer, s’exporte au Sud du Liban via la Syrie, sous les hospices de la Russie encore communiste.}}Je repense au Liban que j’ai connu pendant la guerre où déjà nous savions qu’il ne serait plus, car il était exactement à la place, au coeur même de ce qui mariait l’Orient et l’Occident, de ce qui autorisait la cohabitation entre communautés multiples, maronites, chiites, sunnites, druzes, chrétiennes, catholiques orthodoxes, catholiques romaines, chaldéennes etc.. Désormais en guerre. La catastrophe a commencé en 1975. Le Liban n’est plus que milices et communautés ennemies, attentats et massacres. Et il faut y compter avec le Hezbollah.Le 11 septembre a enfin révélé au monde la vraie nature de l’islamisme, qui rêve de soumettre le monde, de le convertir et d’araser tout passé, toute histoire antérieurs à sa propre existence..Est- ce le fait d’une arriération culturelle ou économique? D’une humiliation inexpiable ? D’une défaite militaire ineffaçable ? De pays qui ont pris un retard tragique en matière de recherche, d’enseignement, d’alphabétisation? Pourquoi ces pays se montrent-ils incapables d’établir un quelconque état de droit? Comment font-ils pour nourrir en leur sein “la bête immonde”. Encore très récemment, Rohani n’a-t-il pas déclaré qu’il fallait qu’Israël disparaisse de la carte ? On sait que les attentats se multiplient de façon exponentielle…Les services de sécurité ne cachent pas leur inquiétude ça ne se terminera pas. Quelle explication à cette ivresse, tuer, et encore tuer?On a beaucoup invoqué les méfaits de la colonisation, la rage des peuples occupés face aux empires français, britanniques et néerlandais ou italiens. Soif de revanche et d’humilier celui qui vous a dominé? Oui. Mais cela n’explique toujours pas pourquoi le VII me siècle, l’année de l’hégire 622, ainsi qu’un texte, le Coran, sont brandis comme solution définitive et exercent une telle emprise. Daryush Shayegan, philosophe iranien écrit dans “le regard mutilé” à quel point le thème du “retard” fut le sujet le plus obsédant des penseurs islamiques à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle. Paradoxalement, les islamistes exigent un « retard » aggravé, un « retour » vers les années 600. Ainsi, la condition des femmes n’y a guère évolué depuis des siècles, soumises à la charia, privées de droits, livrées aux hommes, esclaves des talibans, frères musulmans djihadistes et psychopathes qui tel ce jeune bengladeshi qui, en toute impunité, a pu tuer sa mère et qui joue au foot près de son tumulus, ou encore cette petite saoudienne de cinq ans, violée et assassinée par son père, un prédicateur condamné à une légère peine de prison, ou encore cette fille de seize ans en Anatolie enterrée vive pour avoir voulu sortir avec un non musulman. Telle aussi la sœur cadette de Wafa Sultan , une jeune syrienne mariée à 14 ans avec un inconnu de quarante ans, et qui s’immola par le feu…{{Arrivons au pourquoi }}Nous pouvons reprendre l’interrogation de Bernard Lewis : Que s’est-il passé ?Il y eut une expansion de l’empire et de l’islam aux VIII, IX et Xème siècles absolument foudroyante. Au cours de ce qui fut notre Moyen Age, le territoire des royaumes musulmans, arabes puis mongols et turcs ottomans dépassa, et de loin, les frontières de l’empire romain ou de celui d’Alexandre. Ils renversèrent l’empire perse des Sassanides, l’empire chrétien de Byzance et régnèrent sur tout le pourtour de la Méditerranée, l’Afrique, les terres d’Asie jusqu’à l’Inde et la Chine. De l’Atlantique à la mer de Chine. Les incursions barbaresques atteignirent même les rives d’ Irlande et d’Islande. Et, bien sûr tous les pourtours de la méditerranée.Avec occupation de la Sicile, de l’Espagne, mais aussi des Balkans, de l’Europe centrale et de la Russie. Ils menacèrent Vienne lors de deux sièges aux 16 et 17ème siècles (1683) et des pachas ottomans gouverneront encore au XVII ème Belgrade et Budapest. Quand bien même les Maures furent chassés d’Espagne au XVème s. et les Tatars chassés de Russie à la même époque, quand bien même il y avait eu les croisades qui furent, selon les historiens, « une riposte à retardement, d’ampleur très limitée et, en fin de compte inefficace, au djihad », eh bien, l’empire arabe et ottoman fut et resta une sorte d’empire du milieu islamique. Immense et centré sur lui-même, qu’ils imaginaient peuplé sur ses confins par les barbares des royaumes chrétiens d’Occident et les quasi inconnus de l’ Asie extrême. On peut facilement imaginer le sentiment de domination et de puissance vécu par les califes, sultans et autres pachas. Le monde leur appartenait.Il fallut attendre 1798 et la conquête de l’Egypte par Bonaparte, pour que ce premier signe manifeste le déclin à venir, et que la puissance militaire des armées d’occident devienne évidente. Nous sommes au bord du 19ème siècle. Un siècle plus tard, avec la première guerre mondiale et les traités de Versailles et de Sèvres 1920 et 1922 l’empire ottoman git dépecé, humilié, à genoux. Il est réduit à la simple Turquie anatolienne. La chute est rude.{{Pourquoi est-ce que j’en viens là ?}}Pourrait-on imaginer aux origines de l’islamisme des faits de culture, de civilisation, un travail des mentalités et des traditions qui auraient, mais restons prudent, aidé à l’enracinement de cette idéologie ? Peut-on se permettre de ne pas se cantonner uniquement au politique ou à l’économique. L’Histoire ne fait pas tout et n’est pas tout, comme le faisait remarquer Albert Camus, il y a les hommes, il y a les traditions, il y a les mentalités. Ce que faisait également remarquer le grand historien Marc Bloch s’interrogeant sur les origines du pacifisme français et sur notre défaite face l’Allemagne nazie. Il mit en évidence le rôle déterminant de la boucherie de 14- 18 sur le refus de la guerre et notre composition avec le régime hitlérien. L’histoire est écrite par les hommes.Le premier de ces faits semble être, dès l’origine, le fait que l’islam fut la religion même du triomphe – au contraire des origines de la chrétienté, faite de martyrs et de persécutions. De même, certains penseurs et théologiens avaient déjà souligné que le judaïsme et le christianisme avaient connu l’échec. Ce furent l’exil à Babylone et l’esclavage en Egypte pour les Juifs. Pour les chrétiens, la crucifixion du christ. L’islam des origines fut partout victorieux, le resta pendant des siècles, à vrai dire pendant plus de mille ans.Ne pourrait-on réfléchir aussi au fait même de la conquête selon les volontés du prophète, par l’épée, par le Djihad. Le Djihad est un devoir sacré, le djihad fait partie de la spiritualité du croyant. Le djihad est consubstantiel à la prière. Celui qui a combattu est élu au plus haut rang, celui qui s’abstient connaîtra l’enfer.Cette religion se veut unique, une et indivisible, elle rassemble autour d’un livre unique. On pourrait évoquer cette « souveraineté solitaire » d’Allah qui donne le message. Une parole unique. Un Dieu unique « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète ». Cette unicité a fondé une communauté et construit un grand corps soudé : celui de la Oumma, la grande matrice des croyants, une communauté soumise. Islam ou eslam signifie soumission. C’est cette unicité renforcée par la soumission qui est la condition de vie et de survie de la religion musulmane.On pourrait également indiquer que le livre, le Coran, ne fut pas « écrit », à l’instar des religions antérieures : judaïsme et christianisme, fondées par des récits postérieurs aux dires et actes des dieux qui ont guidé leur peuple et leurs fidèles. Yahvé ou Jésus, animent des narrations ou des témoignages qui ont pu être commentés et discutés et qui ont fondé la foi en l’un, en l’autre, De ces récits a pu naître le doute, les commentaires et les questions, les « disputatios » célèbres des royaumes chrétiens. Plus d’une foi « César », le Ro,i se sépara de la haute autorité religieuse du Vatican..… Mais le Coran est « incréé », c’est la parole de Dieu même qui parle à travers son prophète Mohammad, Mohammad est « parlé » par Dieu. Cette parole clôt la révélation. Elle ferme la prophétie. Contester cette parole constitue aux yeux du musulman, la pire des catastrophes : la fitna, La division.Aujourd’hui, le bilan est désastreux : dans le classement des pays selon le PIB, le premier pays à majorité musulmane est l’Indonésie à la quinzième place devant la Turquie en 19ème rang… Si l’on considère le nombre de livres vendus, le tableau est encore plus sombre : dans les 27 premiers on ne compte aucun pays musulman. Le monde arabe traduit environ 330 livres par an ! Depuis le calife al-Maa’moun au 9ème siècle, 100 000 livres ont été traduits, soit le nombre moyen de livres traduits en Espagne chaque année. Prix Nobel ? Inconnus. Découvertes scientifiques ? Nenni. Voyages interstellaires ? Industrie ? Aviation ? Transport ? Apport philosophique ? Rien depuis Averroès et Avicenne.J’arrête l’énumération car elle révèle ce que les Ottomans ont fermé au monde dans un empire rigide et décadent : absence d’échanges et de réciprocité. Jusqu’au XVIIIème siècle, les ambassadeurs représentant des pays étrangers ne posaient pas le pied sur la terre d’Islam. On les recevait dans un lieu maintenu en quarantaine. Le refus de questionner plus avant une croyance, dont l’interrogation même pouvait conduire à la mort, a arrêté le cours des choses comme au château de la Belle au Bois dormant. Tout au contraire, en Occident, les pères de l’Eglise, St Augustin, St Thomas d’Aquin pratiquèrent le doute. Ce doute qui a instruit le désenchantement du monde et ouvert cette distance entre Dieu et l’homme, ce doute qui a permis l’innovation, le développement de l’esprit critique, de la philosophie, de la presse etc…creusant ainsi l’écart entre le reste du monde et les pays musulmans. Je ne fais pas ici une apologie de l’Occident je constate un fait d’histoire, je constate que d’autres civilisations que la nôtre, ainsi de la Chine, du Japon, de la Corée, ont pris un essor inimaginable, considérable et participent aux décisions avec les grands de la planète, ils ont intégré le rang de nations majeures.Enfin je conclue sur les droits de l’homme, les droits humains, absents de toute référence en terre d’Islam. La charia dicte encore les jugements qui relèvent de la loi du talion. Il y eut cependant un modèle occidental qui se porta honorablement, celui du parti unique. Ce fut le parti impérial du Rastariz en Iran et la création du parti ba’ath en Syrie et en Irak. Son fondateur irakien fut un adepte du credo nazi et le grand mufti de Jérusalem accorda ses faveurs à Hitler : Hussein al Hosseini avait projeté de créer sur la terre de Palestine un camp d’extermination pour les Juifs.La collision et la fracture entre l’empire ottoman défait et les pays industriels avancés et démocratiques, furent si violentes, si criantes, que l’homme musulman s’est trouvé obligé de vivre en état insupportable de schizophrénie, sommé de s’insérer entre un texte immuable , contradictoire avec les exigences de la modernité, confronté à l’impossibilité d’y accéder. Obligé de se plier aux codes de conduites de la charia alors que son développement aurait exigé une rupture et un aggiornamento. Un temps il s’imagina qu’il suffisait de reproduire les techniques utilisées par les modernes ou de les acheter, ce que firent les pays dotés de ressources pétrolières. Et pourtant l’échec est toujours là. Alors tous ces jeunes hommes qui ont vu sur les télés du monde, d’autres pays vivre dans la liberté ou l’abondance sont devenus enragés, littéralement habités par un ressentiment historique et bouleversant qui les a poussé au crime, à l’attentat, à détruire inexorablement le miroir de leur échec et de leur humiliation.Concluons avec Albert Camus qu’il faut « apprendre à vivre et à mourir, et pour l’homme, refuser d’être Dieu ».
Auteur/autrice : MPCT
Communiqué du MPCT : il faut arrêter le bras des assassins de Boko Haram
{{ Le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme condamne avec horreur le nouveau massacre d’élèves commis par la secte islamiste Boko Haram dans un pensionnat du nord-est du Nigeria. 59 garçons de 15 à 20 ans, élèves du collège fédéral de Buni Yadi, dans l’état de Yobe, ont été tués le 25 février aux alentours de deux heures du matin. Plusieurs ont été blessés.Encore une fois des élèves ont été assassinés en pleine nuit. Ils ont été enfermés et brûlés vifs dans leurs dortoirs. Ceux qui tentaient de fuir par les fenêtres ont été abattus par balles ou tués à l’arme blanche. Boko Haram dont le nom signifie ” l’éducation occidentale est interdite par le Coran”, veut interdire par la terreur l’éducation tout court. Pour ce groupe sanguinaire, comme pour les talibans, toute éducation émancipatrice et égalitaire doit être interdite au profit de l’enseignement de la haine, de l’embrigadement des jeunes consciences dans la soumission à la charia et de l’enfermement des filles.S’attaquer aux lieux d’enseignement est donc au centre de la stratégie de Boko Haram pour établir un état islamique. Boko Haram a aussi une visée génocidaire, voulant chasser les Chrétiens du nord du pays à majorité musulmane. Les exactions des islamistes ont fait plus de 300 morts au Nigeria en un mois, dont 200 la semaine dernière. Un village entier a été rasé. Boko Haram se rend coupable de crimes contre l’humanité pour lesquels ses dirigeants doivent être jugés.Nous appelons les autorités françaises, l’Union européenne et l’ONU à inscrire d’urgence Boko Haram sur la liste des organisations terroristes. Nous nous devons d’apporter toute notre solidarité aux élèves qui veulent s’instruire au péril de leurs vies, à leurs familles et aux enseignant-es du Nigeria, d’Afghanistan, du Pakistan ou d’ailleurs.Nous appelons l’ONU, l’UNICEF et l’UNESCO à les placer sous leur protection. }} Mouvement Pour la Paix et Contre le TerrorismeMembre de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme+ 33- 6- 6626-42 23
“Camus et le terrorisme” par Jean Monneret
{Nous poursuivons avec cet exposé de l’historien Jean Monneret la publication des contributions à la conférence du 23 octobre 2013 “Résister au terrorisme, la leçon d’Albert Camus”.}Pour voir l’enregistrement de l’intervention de Jean Monneret à cette conférence :[https://www.youtube.com/watch?v=14Oc3-oLIfc->https://www.youtube.com/watch?v=14Oc3-oLIfc]-Comprendre la façon dont Camus réagit à la guerre d’Algérie implique de bien analyser ce qu’est le terrorisme. Ce système, cette méthode peut revêtir deux formes : le terrorisme d’état et le terrorisme révolutionnaire. Le premier correspond au national-socialisme et au communisme soviétique. Camus les combattit tous les deux, ce qui occasionna sa rupture avec Sartre.Le terrorisme révolutionnaire est celui que pratiquait le FLN à l’époque de Camus. Il consiste à déstabiliser un pays ou un régime en s’attaquant, par principe et délibérément, à des civils innocents. De nos jours, le terrorisme djihadiste a pris le relais. Il assume une dimension mondiale et non plus seulement régionale, comme il y a cinquante ans.Terrorisme d’état et terrorisme révolutionnaire sont deux manifestations d’un même fléau. Elles reposent sur l’intimidation des populations. Il faut faire peur pour contraindre les peuples à accepter ce qu’ils rejettent.Pleinement conscient de tout cela, Camus situait l’origine du terrorisme dans les évolutions nées à partir du XVIIIème siècle, notamment en France, et prolongées ensuite par une certaine philosophie allemande, hégélienne et marxiste. Notre pays eut en effet le privilège, grâce aux Jacobins, d’être le berceau de la Terreur régicide.-Camus voyait dans le terrorisme étatique ou révolutionnaire une manière de légitimer le meurtre de masse. Notre compatriote se refusa toujours à cautionner, si peu que ce soit, cette horreur des temps modernes.Ses adversaires intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre, n’eurent pas ce souci. Ils se distinguèrent, au contraire, par leur soutien à la terreur stalinienne, puis par leur appui inconditionnel aux agissements meurtriers du FLN. Tandis qu’ils alimentaient les réseaux des porteurs de valise, Sartre et les siens cherchèrent simultanément à diaboliser Camus. Sans succès.Aujourd’hui les choses sont plus claires. Ceux qui choisirent la voie sartrienne partagent la responsabilité des crimes du terrorisme.Camus évita toujours que des violents trouvent en ses écrits ou ses propos le moindre aliment à leur fanatisme. Mieux il les dénonça inlassablement. Il reprocha aux sartriens de se complaire dans la violence confortable, sans risques pour eux-mêmes. La seule vertu du révolté, disait au contraire l’auteur de La Peste, est de ne pas céder au vertige du mal, et, de toujours « se traîner vers le bien, car, répétait-il, il est des moyens qui ne s’excusent pas ». (L’Homme Révolté. Folio p.357) -Le terrorisme est aujourd’hui un fléau planétaire.Or, il y a soixante ans, la société intellectuelle française fut considérablement agitée par des débats passionnés sur ce sujet, à l’occasion notamment de la Guerre d’Algérie et de la Guerre Froide.Deux des plus grands philosophes français s’y sont affrontés : Camus rejetait le terrorisme avec horreur. Sartre l’appuyait au nom de la révolution et au titre de l’écrivain « engagé » qu’il voulait être. Camus a combattu le terrorisme d’état comme le terrorisme révolutionnaire tiers-mondiste. Ce dernier point lui a valu incompréhensions et oppositions. Il est important, dès lors, de réexaminer les débats de ce temps en fonction des problèmes d’aujourd’hui.Camus est celui qui, longtemps avant les autres, avait prophétisé la venue de ce mal incompris, sous-estimé ou souhaité par certains : le terrorisme. Nous ne sommes pas encore entrés dans le choc des civilisations. Nous n’en sommes pas loin. Camus, si nous savons le lire, nous évitera, peut-être, cette épreuve. Le philosophe qui recommandait de ne jamais consentir au meurtre a beaucoup à nous apprendre.Le combat contre le terrorisme mondial (islamiste pour l’essentiel) ne fait que commencer. L’Occident, dirigé par les Etats-Unis, l’a jusqu’à présent, abordé et conduit avec beaucoup de confusion. Tout est à revoir : stratégie, alliance, moyens. Combattre le terrorisme n’exige pas que des armes, des renseignements, des soldats. Plus précisément, il exige tout cela, plus des armes spirituelles.Il faut aussi connaître l’adversaire : le totalitarisme. Il y a quelques décennies Hannah Arendt fit scandale en parlant à propos du procès Eichmann, de la banalité du Mal. Ceci fut sans doute mal compris. Nous pensons qu’elle voulait souligner que la Mal est porté par des hommes, fort nombreux, qui ne se réfèrent à aucun code moral, à aucune éthique, ni même, en profondeur à aucune idéologie. Ce point souleva un maximum de contestations. Le mal est commis, propagé, exécuté par des hommes qui n’ont plus de repères, comme on le dit de nos jours. Certes, le culte du chef, la fascination exercée par les hiérarchies, les ordres donnés, l’ambiance générale d’une société jouent un rôle. Mais, le mal est porté, propagé, appliqué par des hommes ordinaires qui semblent n’avoir d’autre ambition que de bien faire leur travail. Pour le reste, ils ont les soucis communs de la plupart des gens. Tel dissident des pays de l’Est, tel accusé des procès de Prague ont pu signaler, maintes fois, qu’entre deux séances de sévices et de pressions psychologiques, leurs bourreaux téléphonaient à des proches. Ils demandaient des nouvelles de leurs chérubins, faisaient telle ou telle recommandation à leurs épouses. Soljenitsyne, dans ses évocations du Goulag, décrit des choses semblables.Que signifie, foncièrement, cette banalité du Mal soulignée par Madame Arendt ? Deux choses, selon nous :La première est qu’il ne suffit pas de dire que l’homme porte le Mal en lui. Il y incline de par sa nature profonde. Mais ….. cela ne signifie certes pas que les Eichmann ou les promoteurs du Goulag soient innocents. Ces hommes ont obéi à des ordres parce que, bien sûr, ils vivaient dans des régimes totalitaires , dangereux, contraignants. Les idéologies nazie et communiste jouaient aussi leur rôle d’entraînement. Néanmoins, la responsabilité de tous les exécutants est engagée, car, l’homme, Camus nous l’enseigne, peut toujours dire non.Une question demeure. Pourquoi tant d’hommes ont-ils si facilement adopté des comportements criminels ? Pourquoi ces citoyens sont-ils devenus des besogneux ou, selon le cas, de fins ouvriers des massacres de masse ?Parce que leurs références morales étaient faibles ou nulles. En effet, le Nihilisme qui a ravagé l’Europe aux XIXème et XXème siècles les avait largement détruites.C’est le mérite d’Albert Camus d’avoir montré dans L’Homme Révolté comment cette évolution s’est opérée et accélérée à partir du XVIIIème siècle . Les sévères critiques qu’il a adressées à la « philosophie allemande » et aux « mauvais génies » de l’Europe ont choqué, sur le moment. Mais il avait vu juste. La distinction du Bien et du Mal et la morale naturelle ont été sapées en Occident, au point d’en faire un champ de ruines. Au sortir de la Guerre Mondiale, le stade suprême de la décrépitude avait été atteint. Ce fut le mérite de l’auteur algérois de montrer la nécessité de refuser un monde où « le meurtre est légitimé et où la vie humaine est considérée comme futile. » Bien entendu, cette recommandation s’appliquera aussi en Algérie où le terrorisme, révolutionnaire celui-là, s’exerça. Certes, là-bas, ce n’est pas la philosophie allemande qu’il faut accuser. Il faudrait, il faudra que soit analysé un jour dans la culture locale, dans la société concernée, le manque, la faille à l’origine de cette banalisation du meurtre. Il y a urgence. En effet, depuis 1962, la terreur comme méthode, comme moyen s’est « globalisée ». Le terrorisme est devenu mondial. Là encore, Camus a eu l’immense et lucide talent de prévoir la chose sous les pires insultes.Ce combat gigantesque qui attend les pays formant l’Occident, cette lutte contre le terrorisme à laquelle ils paraissent peu préparés, a une dimension ontologique. Il est temps de faire un état des lieux. Les armes les plus sophistiquées, les systèmes d’écoute électronique les plus raffinés, les troupes les mieux formées ne suffiront pas. Il faut des principes, des règles, une loi. La supériorité militaire ne suffit pas. Il faut aussi la supériorité éthique. Or, les nations occidentales sont loin d’être dépourvues en la matière. Elles furent même, jadis, abondamment dotées. Le Décalogue, les Béatitudes sont le trésor moral de l’Occident.Il s’y ajoute la mesure grecque et, la pensée de Midi chère à Albert Camus. A condition de revenir aux sources, elles pourront contribuer, pour reprendre sa phrase, à « pacifier les esprits et les nations. »
Communiqué du MPCT : une tribune et deux hommages aux victimes du terrorisme à saluer
{{Le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme salue la tribune {” Le terrorisme mythifié” }signée par Michel Wieworka, Pierre Conessa et Guillaume Denoix de Saint Marc, Directeur de l’Association française des Victimes du Terrorisme, publiée le 11 février par Libération. }} Revenant sur l’initiative du Maire de Bagnolet, le texte en dégage toute la gravité : “{Lorsqu’en décembre 2013, le maire de Bagnolet, Marc Everbecq, décide d’accorder la citoyenneté d’honneur au terroriste Georges Ibrahim Abdallah (1) et refuse de recevoir une délégation de l’Association française des victimes du terrorisme, il n’exprime pas autre chose que son adhésion au discours mythique du terrorisme et, dès lors, au terrorisme lui-même.”} (1) Décision suspendue le 31 janvier par le tribunal administratif de Montreuil.{{Le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme sera représenté aux deux cérémonies en hommage aux victimes du terrorisme organisées prochainement par l’Association française des Victimes du Terrorisme et les familles des victimes:}}-{{samedi 22 février 2014 à Levallois à partir de 16 heures}}Cérémonie, avec le soutien de la municipalité de Levallois-Perret, en mémoire de Cécile Vannier, tuée à 17 ans et en soutien aux adolescents et accompagnateurs blessés dans l’attentat du Caire perpétré le 22 février 2009 contre un groupe scolaire de Levallois. -{{dimanche 23 février 2014 à Paris dans les Jardins de l’Intendant de l’Hôtel National des Invalides, à 11 heures}} Cérémonie en mémoire de Jean-Claude Abescat, Jean-Marc Bonnet, du jeune Romain Bonnet et de Jean-Michel Novella, assassinés le 26 février 2007 en Arabie saoudite dans l’attentat qui a visé un groupe d’expatriés et de touristes français. En savoir plus :Tribune “Le terrorisme mythifié” http://www.liberation.fr/societe/2014/02/11/le-terrorisme-mythifie_979509 Cérémonies de commémoration des 22 et 23 février 2014http://www.afvt.org/3-fevrier-2014-commemoration-de-deux-attentats-les-22-et-23-fevrier-2014/
Terrorisme et résistance : avec Gérard Rabinovitch, refuser la confusion (2ème partie)
{{ Nous publions la seconde partie de l’exposé de Gérard Rabinovitch, {“Terrorisme/ Résistance, la leçon d’Albert Camus.” }}}Gérard Rabinovitch avait ouvert sur ce thème essentiel la Conférence du 23 octobre 2013 organisée par le MPCT ” Résister au terrorisme, la leçon d’Albert Camus” Pour voir l’enregistrement de l’intervention de Gérard Rabinovitch à cette conférence :[https://www.youtube.com/watch?v=Z4qFyCBdls8->https://www.youtube.com/watch?v=Z4qFyCBdls8]A ses côtés à la tribune : Bertrand Lebeau, Claire Brière-Blanchet, Lise Haddad et Jean Monneret-{{4.}} De la section werewolf (loup garou) de la SS, spécialisée dans le terrorisme et l’assassinat individuel, Hitler exigeait : {“Vous devez être indifférents à la douleur. Vous ne devez connaître ni tendresse ni pitié. Je veux voir dans les yeux d’un jeune homme impitoyable, la lueur d’orgueil et d’indépendance que je lis dans le regard d’une bête de proie” }(B. FROST, 1973). Ailleurs il déclara : {“Dans les châteaux de mon ordre, grandira une jeunesse qui terrorisera le monde. Je veux une jeunesse violente, despotique, sans peur, cruelle…”}( H. RAUSCHNING, 1939).{{L’indifférenciation entre résistance et terrorisme, la complaisance opportuniste ou indulgente pour les actions de meurtres de masse (“attentats – suicide”, avions – bombe, véhicules piégés, bombes dans des lieux publics, “kamikazes”, etc), quotidiennement observables, signent un effondrement des codes de guerre qui tentent de préserver l’au – delà politique résolutoire d’un conflit armé.}} Tout autant qu’elles font indice d’une exultation veule, parce qu’à distance et sans risques, qui n’a plus grande chose à voir avec un quelconque projet révolutionnaire supposé préserver un avenir de réconciliation pacifiée et solidaire d’où une lutte “progressiste et émancipatrice” s’auto – justifie.{{Ceux qui, en s’esquivant à faire la différence entre résistance et terrorisme, ne se démarquent pas radicalement des modus opératoires du terrorisme et du meurtre en masse – signent de quelle mentalité ils procèdent. Quoiqu’ils se fassent comme illusion à eux – mêmes, en habillant, de la légitimité déclarative de résistance, une réalité terroriste. }}Montaigne avait, pour les guerres de son temps, déjà attrapé cette disposition : “Il n’est point d’hostilité excellente comme la chrétienne . Notre zèle fait merveille quand il va secondant notre pente vers la haine, la cruauté, l’ambition, l’avarice, la détractation, la rébellion (…). Notre religion est faite pour extirper les vices; elle les couvre, les nourrit, les incite » ( M. de MONTAIGNE, 2002).Le psychanalyste Jacques Lacan observait que “la parole dépasse le parleur, toujours le parleur est parlé” (J. LACAN, 1971). Le discours gauchiste de 68 avec ses slogans caricaturaux et triviaux de CRS = SS, ou de “Nouvelle Résistance” s’exaltait de procéder d’une résistance toute “imaginaire”. Enfantillages. Aujourd’hui son silence – quand ce n’est pas le déni ou la justification, une incroyable indulgence ou une condamnation de convenance – devant le terrorisme, vaut parole, et fait aveu de ce vers quoi il a déjà glissé : soit disant “compassionnel” et “libertaire”, en fait sombré “corps et âme” dans une criminalité pratique et morale qui l’englobe et le dépasse. Combattre le capitalisme, l’ultralibéralisme, l’impérialisme, la Raison instrumentale, ne peut devenir crédible et garder consistance qu’en s’arrachant à la ” pensée par blocs” comme disait M. Horkheimer (M. HORKHEIMER, 1993). Que si ce combat porte en lui la défense des forces de vies contre toutes les manifestations aux couleurs et habits variés des pulsions mortifères.Cette confusion entre « terrorisme » et « résistance » est un symptôme parmi d’autres. Il faudrait encore, dans le prolongement du propos, évoquer l’usage fait dans les médias « bobos » (bourgeois-bohème) du lexème ” Rebelle”, et sa prolifération épidémique, en figure d’Idéal. Construction autosuggestive et frivole, qui doit trouver son origine dans un antiautoritarisme et un adolescentisme benêts, dont la propagation, l’extension, la réfractation, dans les médias par son rayonnement imitatif à travers la presse entraîne une anomie lexicale (G. RABINOVITCH, 2005).Insurgés, résistants, guerrilleros, révolutionnaires, révoltés, mutins, frondeurs, contestataires, dissidents, opposants, etc ., tout le vocabulaire aux nuances riches des combats d’opposition, des conflits libérateurs, y disparaît de plus en plus.Et par épidémisation acéphale installe une indistinction, sous le même lexème, entre authentiques opposants politiques et narcotrafiquants, narcoguerrilleros patentés, groupes terroristes variés, gangs de prédateurs, ” bandits de grands chemins”. Et encore, couvre des combats nobles et des cruautés et atrocités sans noms, mêlant dans une totale confusion : persécutés et voyous, débrouillards et crapules, revendicateurs sociaux et pègre. Écrasant toute possibilité d’évaluation morale , de repères éthiques, sur les motifs qui animent les acteurs et leurs actions, brouillant les limites entre l’admis et le condamnable, le proscrit et l’acceptable.À quoi s’ajoute, évidemment la trivialisation publicitaire et apologétique du même terme. Puisqu’aussi bien des magazines ” people”, des automobiles, et autres produits de consommation, en sont nimbés, que des personnalités aux profils très éloignés, depuis d’insignifiants acteurs de l’entertainment jusqu’à d’authentiques créateurs, s’en trouvent couronnés.L’ensemble accompagné, voir initié, dans l’ “éclat de la supériorité” comme aurait dit Gabriel de Tarde (G. de TARDE, 1993), par de célèbres plumes du journalisme (J.F. Kahn) et de la philosophie médiatique (M. Onfray) et des artifices encyclopédiques, tels que « Mondes rebelles », décliné en « Monde rebelle junior », jusque pour les touts petits en un « Dictionnaire du petit rebelle ».On ferait bien de retenir comme une leçon ce que consignait S. Kracauer dans son Histoire du cinéma allemand (S. KRACAUER, 1973) : combien le thème de la “rebellion” et la figure du “rebelle” dans le cinéma pré hitlérien, avec ce qu’ils véhiculaient d’effacement du désir de mûrir, prédisposaient aux séductions hitlériennes.Il faudrait encore évoquer comment la figure du trafiquant prend la place du prolétaire dans la galerie des portraits des héros du social. À mesure que le travail et ses sacrifices se trouvent discrédités au profit des jouissances addictives de toutes sortes du ” Jouir sans entraves.” (G. RABINOVITCH, 2001). Ce “Jouir sans entraves” qui se croyait fulgurance libertaire de la “liberté sexuelle”, l’oxymore le plus grotesque des années 68, comme le soulignait Lacan, et ne se voyait pas si congruent au développement du capitalisme.Avec quelques indices parmi mille. Au Mexique aujourd’hui, les chants révolutionnaires composés à la gloire des héros de la Révolution mexicaine Pancho Villa et Émilio Zapata, ont été réécrits pour vanter la gloire des chefs des Cartels de la drogue. Tandis qu’à Rio, la direction politique de la pègre, authentique syndicat du crime, se dénomme “Commando rouge”, à la façon dont sa consoeur de Sao Paulo se proclame “Premier commandement de la Capitale”.Se réalise ou se reproduit le signal de ce que Netchaïev, si bien identifié par Camus (avec l’aide de ses amis Lazarevitch et de Rosmer) dans sa destructivité, affichait. À savoir, selon l’acolyte de Bakounine, l’impératif de “s’unir au monde sauvage des bandits, ce véritable et unique milieu révolutionnaire de la Russie” (sic !) (A. CAMUS, 1951).-{{Pour conclure}}Toutes ces confusions participent de l’installation possible d’une Culture impériale sans précédent de la “toute puissance”, de la haine, du nihilisme, et de la raison instrumentale. Dans son arpentage, peut-être ne serait – il pas inutile de s’aider de quelques balises. Les citations d’auteurs sont l’indication de “compagnons de pensée” et le témoignage de la dette due.Je vous en suggère quatre que le temps n’a certes pas rendues caduques.{{Cette observation du philologue Victor Klemperer}} : “La langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment à elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue cultivée est constituée d’éléments toxiques ? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, elles semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelques temps l’effet toxique se fait sentir.”(V. KLEMPERER, 1996).{{Cette leçon déjà d’Albert Camus }}:{ “La révolution sans honneur, la révolution du calcul qui, préférant un homme abstrait à l’homme de chair, nie l’être autant de fois qu’il est nécessaire, met justement le ressentiment à la place de l’amour. Aussitôt que la révolte, oublieuse de ses origines, se laisse contaminer par le ressentiment, elle nie la vie, court à la destruction et fait se lever la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graine d’esclaves, qui finissent par s’offrir, aujourd’hui, sur tous les marchés d’Europe, à n’importe quelle servitude. Elle n’est plus révolte ni révolution, mais rancune et tyrannie.”}(A. CAMUS, 1951). {{Cette analyse que Sigmund Freud faisait de la fascination qu’exerce le criminel sur le névrosé }}: {“Le grand criminel force notre intérêt, par la conséquence narcissique avec laquelle il sait tenir éloigné de lui tout ce qui amoindrit le Moi, incarnant une sorte de position libidinale inexpugnable. Alors même que les lois répriment les conséquences de ses actes”}(S. FREUD, 1969).{{Cet avertissement d’Alexis de Tocqueville}} :{“Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau. Mais c’est à quoi nous ne songeons guère; placés au milieu d’un fleuve rapide, nous fixons obstinément les yeux vers quelques débris qu’on aperçoit encore sur le rivage; tandis que le courant nous entraîne et nous pousse à reculons vers les abîmes”}(A. de TOCQUEVILLE, 1986).{{Ou pour conclure évidemment avec Albert Camus : {« Ce qui caractérise notre siècle, ce n’est pas tant d’avoir à reconstruire le monde que d’avoir à le repenser. » }}}(A. CAMUS, 2006). {{Gérard RABINOVITCH}}CERSES-Université René Descartes/CNRS___________________________________________________________________Article publié en 2009 dans “Un monde en trans” aux Editions EDK{{Bibliographie}}BUBER, M. 1963. Les Récits hassidiques, Paris, éd. du Rocher.CAMUS, A. 1951. L’Homme révolté, Paris, éd. Gallimard.CAMUS, A. 1973. Les Justes, Paris, éd. Gallimard.CAMUS, A. 2006, « Sur une philosophie de l’expression », in Œuvres complètes, tome I, Gallimard, La Pléiade.ÉLIAS, N . 1973. La Civilisation des mœurs, éd. Presse Pocket.FREUD, S. 1969. La Vie sexuelle, éd. des P.U.F.FROST, B. 1973. Book of the WereWolf, London, éd. London Sphere Books.HORKHEIMER, M. 1993. Notes critiques, éd. Payot.KLEIN. H. J. 1980. La Mort mercenaire, témoignage d’un ancien terroriste ouest-allemand, éd. du Seuil.KLEMPERER,V. 1996. LTI, LA Langue du IIIème Reich, éd. Albin Michel.KRACAUER, S. 1973. De Caligari à Hitler, une histoire du cinéma allemand, éd. Flammarion.MONTAIGNE (de). M. 2002. Les Essais, II, 12, éd. Arléa.LACAN, J. 1971. Séminaire, Livre XVIII : D’un Discours qui ne serait pas du semblant, (à paraître).LAQUEUR, W. 1979. Le Terrorisme, éd. des P.U.F.MOSSE, G. 1997. L’Image de l’homme, l’invention de la virilité moderne, éd. Abbeville.MOSSE, G. 1999. De la Grande guerre aux totalitarismes, la brutalisation des sociétés européennes, éd. Hachette littératures.RABINOVITCH. G. 2001. « Le Trafiquant et ses caves », dans Travailler, revue internationale de psychopathologie et psychodynamique du travail, n°7. RABINOVITCH, G. 2005. « Figuras da barbàrie », dans Psicologia em Revista, vol.11, n°17.RAUSCHNING, H. 1939, Hitler m’a dit, éd. de la Coopération.TARDE (de), G. 1993. Les lois de l’imitation, Paris, éd. Kimé.TOCQUEVILLE (de), A. 1986. De la Démocratie en Amérique, éd. Laffont.VEBLEN, T. 1970. Théorie de la classe de loisir, éd. Gallimard.WALZER, M. 1999. Guerres justes et injustes, éd. Belin.
Femmes violées par les islamistes : Cherifa Kheddar réclame justice !
Cherifa Kheddar, Présidente de l’association ” Djazairouna”des Familles Victimes du Terrorisme Islamiste, réagit avec rigueur au décret qui reconnaît enfin comme victimes du terrorisme les femmes violées par des islamistes pendant les années 90. {{ {” Les victimes du terrorisme ont besoin d’une réparation juste du préjudice subi. Et cette réparation passe par la condamnation du violeur et l’indemnisation de la victime. On ne peut pas régler des problèmes avec de l’argent seulement. Il faut une volonté politique pour faire clairement la différence entre la victime et son bourreau.”} }}Elle souligne cependant que le fait même de parler de “viol”, mot tabou dans le monde arabe, est une révolution en soi. Cherifa Kheddar sera prochainement à Paris à l’invitation de Femmes Monde. Victoria Wilson {{ Lire l’interview de Cherifa Kheddar :}} [http://www.tsa-algerie.com/entretiens/item/5003-indemnisation-des-femmes-violees-par-les-terroristes-les-critiques-de-cherifa-kheddar-presidente-de-djazairona ->http://www.tsa-algerie.com/entretiens/item/5003-indemnisation-des-femmes-violees-par-les-terroristes-les-critiques-de-cherifa-kheddar-presidente-de-djazairona]{{Le message de Cherifa Kheddar à la Conférence organisée par le MPCT le 23 octobre 2013}} {Chers Amis ici présents,Je suis la sœur de Leila et Mohamed Redha Kheddar, âgés respectivement de 34 et 37ans, assassinés, par les islamistes en leur domicile à Blida Algérie, le 24 juin 1996. Elle était avocate, il était industriel, elle a été assassinée par balles, lui torturé jusqu’à la mort, puis égorgé, pour vider le corps de tout son sang, afin que l’âme n’atteigne pas le paradis, selon leur fatwa. 17 ans après leur maman les pleure et ne se résigne pas à accepter que ce crime reste impuni au jour d’aujourd’hui, grâce à la politique de réconciliation nationale mise en place par le président Bouteflika. Politique qui met les criminels et les victimes sur un pied d’égalité. politique qui dénie les droits des victimes à une juste réparation, par le droit à la mémoire, le droit à la justice, et le droit à la vérité. A l’occasion de cette rencontre permettez-moi de vous féliciter et de vous remercier pour tout le travail que vous menez en faveur d’un soutien infaillible aux victimes du terrorisme.Grâce à vous et à ce travail, nous nous sentons moins seules, moins isolées, et ça renforce notre conviction que notre persévérance à mener notre lutte est juste, et ne souffre pas d’ambiguïté. Merci également pour cette action en faveur de la paix. La paix qui abesoin de la volonté et des efforts de toutes et de tous pour régnerdans ce monde. Parce que vous avez constaté l’évidence de notre lutte, celle que nous ne pleurons pas seulement nos proches arrachés brutalement à la vie, ou mutilés dans le corps et dans l’âme à vie, mais que nous refusons également que le même drame soit vécu par d’autres familles. }Blida, le 19 octobre 2013Cherifa KheddarPrésidente de l’association DjazairounaMembre du réseau international de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme et de la Fédération Internationale de Victimes du TerrorismeAssociation ” Djazairouna”des Familles Victimes du Terrorisme IslamistePour le Devoir de MémoirePour le Devoir de VéritéPour le Devoir de Justice
Terrorisme et résistance : avec Gérard Rabinovitch, refuser la confusion (1ère partie)
-{{Le 23 octobre 2013, le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme organisait la conférence ” Résister au terrorisme, la leçon d’Albert Camus” dans laquelle exposés théoriques sur les fondamentaux de notre combat, témoignage de victimes du terrorisme, engagement de la société civile et manifestation artistique se rencontraient pour exprimer la résistance au terrorisme que nous devons forger afin de ne pas laisser sombrer l’humanité. }} Aujourd’hui, alors que nous partageons la profonde inquiétude de beaucoup de nos concitoyens face à la banalisation de la haine à la mode “quenelle”, nous démarrons la mise en ligne des contributions des intervenants qui ont bien voulu les communiquer. {{La première est celle de Gérard Rabinovitch {“Terrorisme/ Résistance, la leçon d’Albert Camus.” } }}Il nous semble en effet essentiel de tordre le cou à la fable toujours resservie, pour justifier le terrorisme contemporain, de l’équivalence entre celui-ci et la Résistance. Pour être précis, le texte qui suit n’est pas verbatim celui de l’exposé fait par Gérard Rabinovitch à la Conférence du 23 octobre mais celui d’un exposé qu’il avait consacré à ce thème en octobre 2008 lors du Colloque International CNRS-NYU ” Memory and trauma : The Stakes of a Memorial Museum”.Il a été publié en 2009 dans “Un monde en trans” aux Editions EDK. Nous le publions en deux parties Huguette Chomski Magnis Secrétaire générale du MPCT {{Gérard RABINOVITCHCERSES-Université René Descartes/CNRSTERRORISME/RÉSISTANCE,La leçon d’Albert Camus}}-Il y a chez les anglo-saxons un genre cérémoniel qui porte le nom de tribute (éloge, compliment) : to pay a tribute to (rendre hommage à). Un mot dérivé du latin classique tributum qui désigne à l’origine une taxe, un impôt, voir un présent.Il a le mérite d’une connotation plus directe avec l’implicite d’une dette (obligée ou consentie ou moralement dûe).Or c’est bien d’une dette à Albert Camus dont je voudrais vous témoigner aujourd’hui. Non pas une dette directe, me concernant, comme on en a envers un maître dont on a reçu un enseignement formateur, qui a organisé notre existence, notre réflexion, notre pensée. Car je n’ai -pour ma part- découvert Camus que tardivement. Dans l’après coup de mes propres cheminements.Mais d’une dette politique – on pourrait dire aussi « spirituelle » – que nous tous lui devrions, si nous prenions davantage la mesure de ce dont il s’est fait le témoin.Moins une dette envers l’excellent écrivain qu’il fut, qu’envers l’essayiste courageux, l’homme droit, qui ne céda pas aux mirages et facilités de son époque et fut toujours prêt à renoncer à s’entendre avec « la compact majorité », selon l’expression d’Henrik Ibsen dans l’Ennemi du peuple. Formule qu’employa pour lui-même Sigmund Freud, pour souligner une des conditions essentielles pour tenir le cap et traverser l’opprobe et l’isolement que lui valurent longtemps sa découverte de l’Inconscient.« Compact majorité » pour Camus de l’intelligentsia de gauche de son temps, ses élites de la gauche parisienne de l’après-guerre, qui étaient pourtant son « milieu naturel », mais qui avec « masochisme » et parfois avec veulerie s’étaient ralliées au communisme stalinien, empressées de se soumettre à ses dicktats.Dette à l’homme qui supporta, non sans blessures évidemment, leurs railleries, leurs insultes, leurs acharnements à le disqualifier, pour l’isoler.Dette politique à l’homme du cycle philosophico-littéraire qu’ont constitué : La Peste, Les Justes, L’État de siège, L’Homme révolté. Cycle dans lequel il explora la question de ce que nous nommons aujourd’hui les totalitarismes. Nazi d’abord, puis communiste ensuite. Au même moment où Georges Orwell en Angleterre, Karl Jaspers en Allemagne, Hannah Arendt réfugiée aux U.S.A., en interrogeaient la catastrophe.Cycle avec lequel il tenta de définir, de formuler, de défendre, ce qu’était l’ « Esprit de la Résistance », quasi ontologiquement. À l’époque où celle-ci faisait l’objet d’un détournement de sens, d’une captation d’héritage par le stalinisme. Éditorial dans Combat : « La Révolution n’est pas la Révolte. Ce qui a porté la Résistance pendant 4 ans c’est la Révolte. C’est à dire le refus entier, obstiné, presque aveugle au début, d’un ordre qui voulait mettre les hommes à genoux ».C’est sans doute aussi la pudeur et la délicatesse, typique des authentiques résistants, qui fit que Camus n’insista jamais sur le lexème « Résistance », et interrogea le syntagme « Homme révolté », plutôt que de mettre en exergue celui d’ « Homme résistant ».Cycle enfin par lequel il sonda la biblique question rémanente au gré des évènements et égarement de l’humanité : Où est ce que l’homme se tient ? Question en fait latente, constante, récurrente, qui traverse et sous tend l’ensemble cette fois-ci de son œuvre. Question séminale de tout humanisme authentique. Mais l’humanisme de Camus, comme d’ailleurs celui d’Hannah Arendt, Orwell, Jaspers, ne fut jamais un humanisme de bigots ou de mijaurées. L’Éthique qui structure l’œuvre de Camus était bien loin d’être une « morale de Croix-Rouge » comme Francis Jeanson osa dans Les Temps Modernes qualifier L’Homme révolté, à sa parution, pour le disqualifier. Camus a toujours conçu qu’il y a des violences inévitables et acceptables. « La Révolution nécessite des mitrailleuse quand il le faut » disait-il. Mais cette violence inévitable ne pouvait en aucune façon avoir affaire avec la « Terreur de masse » à laquelle Lénine appelait à l’été 1918. Donnant le la à la presse bolchevik qui en septembre appelait contre les ouvriers révolutionnaires en grève antibolchévique à « tuer les ennemis par milliers », « à les noyer dans le sang ». « Plus de sang, le plus de sang possible » comme elle disait (cf. Krasnaïa Zverda, par exemple).Dette politique donc à l’homme qui posa que Résistance et Terrorisme, ce n’était pas la même chose. Non au principe d’un pacifisme de mauvais aloi. Mais au motif de ce qui les sous-tendait, et à leur conséquences et engendrements tangibles, sur l’axe de la construction de l’humain dans l’homme.Dette à l’homme qui pressentit le dévoiement de la notion de Résistance au profit des pratiques terroristes.Dette politique à l’homme qui perçut immédiatement dans l’après-guerre ce qui allait demeurer le point aveugle de la pensée de gauche, au moment même où Jean-Paul Sartre, lui, déclarait que « tout anticommuniste est un chien ».Mais si aujourd’hui, il commence à devenir clair qui de Camus ou de Sartre a tenu la route au bilan de l’Histoire ; il demeure, hélas, que la confusion entre Terrorisme et Résistance hante toujours la doxa mass médiatique. Et c’est le brouillage contemporain de ces notions que je voudrais vous proposer de défaire aujourd’hui. En guise de Tribute à Albert Camus. -{{1.}}{{Albert Camus notait dans un texte intitulé Sur une philosophie de l’expression paru pendant la guerre, en commentaire d’une étude de Brice Parain, Recherches sur la nature et les fonctions du langage : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde » ( A. CAMUS, 2006). }}Camus réactualisait là la formule de Socrate dans le Phédon : « Une expression vicieuse ne détonne pas uniquement par rapport à cela même qu’elle exprime, mais cause encore du mal dans les âmes »Ma première observation portera donc sur l’entrée dans le champ sémantique du politique des notions de “terreur” et de “résistance”.D’après le Dictionnaire historique de la langue française, l’usage du mot {{“résistance” }}emprunté au latin resistere apparaît vers le milieu du 13ème siècle, dans le sens de s’arrêter, se tenir en faisant face. Faire obstacle à. S’opposer par la force à une personne qui fait usage de la force ou de moyens de contrainte spécialement dans le domaine de la guerre (moitié du 14ème siècle). Depuis le 16ème siècle, il s’emploie avec une valeur politique s’appliquant au fait de tenir tête à une autorité établie, à une limitation de sa liberté, et se dit de l’action de faire obstacle aux desseins de quelqu’un. Ce sens politique a donné, sous la Révolution française, l’expression “Droit de résistance à l’oppression”, incluse dans la Déclaration des Droits de l’homme (1791). C’est dans ce fil que le mot s’applique à l’action menée par ceux qui s’opposèrent à l’occupation de leur pays durant la seconde guerre mondiale, et – par métonymie – qu’il s’emploie à l’ensemble des personnes (appelées résistants), organisations et mouvements participants à cette action.Quant au terme de{{ “terreur”, }}qui désigne une peur extrême qui bouleverse et paralyse, on le trouve chez Corneille : “Attila, la terreur des mortels et le fléau de Dieu”. Il se dit aussi d’un individu dangereux qui fait régner la terreur autour de lui.Mais c’est depuis la fin du 18ème siècle qu’il prend le sens de peur collective qu’on fait régner dans une population, un groupe, pour briser sa résistance. En désignant l’ensemble des mesures d’exception prises par le gouvernement révolutionnaire, depuis la chute des Girondins (juin93) jusqu’à celle de Robespierre, le 9 Thermidor (27 juillet 94). Robespierre l’avait définie ainsi : “la terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible”. Le terme de “terrorisme” apparut dans la période qui suivit la chute de Robespierre et désigna la politique de terreur des années 93 – 94. Le mot prit le sens de l’emploi systématique de mesures d’exception, de la violence pour atteindre un but politique, de l’ensemble des actes de violence qu’une organisation exécute pour impressionner la population et créer un climat d’insécurité.Terrorisme et Résistance sont donc entrés dans la sémantique politique moderne à la même période, par la Révolution française. On retiendra néanmoins qu’ils viennent s’inscrire à deux moment distincts de la période révolutionnaire. “Résistance” s’inscrit avant l’élimination des Girondins, “terreur” est le fruit du Comité de Salut public jacobin.Pour la notion de résistance, tout est simple. Elle prend consistance dans le soubassement éthico – politique de la Révolution. Elle appartient à sa logique interne émancipatrice et anti – tyrannique. Elle est congruente à l’Universalisme et à l’Humanisme (l’amour du genre humain) de l’élan révolutionnaire de la première période.Pour la notion de terreur, les choses se compliquent, puisque c’est pour la supposée sauvegarde de la Révolution que les robespierristes reprennent à leur compte les attributs de la tyrannie telle qu’Aristote l’avait définie (La Politique) : “le premier but (des tyrans) et la fin qu’ils poursuivent est de briser le moral et la force de leurs sujets”.Ce faisant un renversement se produit aux conséquences dramatiques. La tyrannie, pourvu qu’elle serve le dessein révolutionnaire, cesse d’être ce à quoi résister, mais devient un instrument de domination et d’oppression, blanchi par l’idéologie qu’elle est sensée servir.Dans la tradition marxiste, on a souvent tenu le 9 thermidor, la chute de Robespierre, pour une sorte de restauration.En fait c’est la terreur robespierrienne qui restaure le dispositif de la tyrannie. Par ce biais, c’est l’ordre de la libido dominandi détourée par St Augustin, voire même du latrocinium, “le brigandage d’un désir sans frein et de la justice supprimée” qui est réintroduit massivement dans le principe révolutionnaire. Avec pour résultat, comme le dira plus tard fortement Benjamin Constant, qu’ “on immole à l’Être abstrait, les êtres réels, qu’on offre au peuple en masse, l’holocauste du peuple en détail”.Résistance et Terrorisme deviennent à partir de la Révolution française, deux modalités combattantes du projet politique “révolutionnaire”, bien qu’elles soient en leur fondement antinomiques. La “résistance” sui generis fait objection et obstacle à la libido dominandi (même si, genre humain oblige, elle n’y échappe pas en partie, par exemple les rivalités entre groupes de résistants durant la seconde guerre mondiale, rivalités de prestige, d’ascendance, d’influences). La “terreur”, elle, appartient pleinement à l’ordre de la domination et de la cruauté et contredit de facto les horizons émancipateurs de tout projet “libérateur”.La terreur est la signature du principe de tyrannie. Elle est le signal anticipé de la politique à venir de ses tenants, quand bien même ceux-ci ne seraient pas encore parvenu à s’emparer des instruments étatiques du Pouvoir. -{{2.}}{{Ma seconde observation portera sur l’évolution de la pratique terroriste depuis 1880, jusqu’à aujourd’hui.}}On connaît l’histoire de Kalyayev qui servit de sujet à Albert Camus pour sa pièce “Les Justes” (A.CAMUS,1973).Kalyayev, qui devait tuer le Grand Duc Serge Alexandrovitch, ne lança pas sa bombe lors de sa première tentative parce que la victime désignée était accompagnée de sa famille et qu’il était mal de toute évidence de tuer des enfants. De même l’anarchiste italien Angiolilo n’abattit pas le premier ministre espagnol Canovas, pour les mêmes raisons, lorsque la première occasion se présenta.Walter Laqueur dans son ouvrage sur Le Terrorisme (W. LAQUEUR, 1977) rapporte que Dora Brilliant, une des “Révolutionnaires sociaux” confessait qu’il était plus facile de mourir que de tuer. Et Michaël Walzer dans son livre Guerres justes et injustes (M. WALZER, 1999) relèvent d’autres exemples comparables, depuis l’IRA d’avant – guerre, jusqu’au Groupe Stern, avant l’indépendance d’Israël. Cela n’empêchait pas qu’on les appela déjà “terroristes”. “C’était là, comme le commentait Walzer, une petite victoire pour les champions de l’ordre parmi lesquels l’usage de la terreur n’était pas inconnu”. De fait il ne s’agissait pas de meurtres arbitraires, encore moins de meurtres de masse, mais d’assassinats politiques. Ce qui ne les exonéreraient pas du qualificatif éventuel de “terroristes”, lorsqu’il s’agit d’actes menés dans des sociétés démocratiques. Selon Michaël Walzer, ils obéissaient alors à un code politique qui avait vu le jour dans la seconde moitié du XIXème siècle, et qui était à peu près similaire aux lois de la guerre élaborées à la même époque. Traités de “terroristes”, leurs actes, de fait relevaient rarement du meurtre arbitraire, mais de l’assassinat politique.Durant la Seconde Guerre Mondiale, au cours de laquelle s’établit le modèle pratique de la Résistance, on retrouve à peu près, chez celle – ci, les mêmes “codes politiques”.La Résistance combattait les soldats de l’occupation, organisait des attentats ou des sabotages contre les intérêts logistiques de l’adversaire, visant à leur désorganisation, cherchait à couper leurs lignes de communication (dynamitage des ponts, des voies ferrées, etc), et éventuellement à atteindre ses intérêts économiques. La Résistance évita autant que faire se peut d’atteindre des populations civiles. Les exemples ne manquent pas d’attaques avortées, en raison du risque d’implication des populations civiles.M. Walzer analyse que tuer des soldats allemands à la façon dont le faisait la Résistance française par exemple relevait plutôt de l’assassinat politique. Il n’est pas sûr que la remarque vaille pour les grands groupes maquisards et partisans d’Europe centrale, des Balkans ou de Russie du Sud dont les actions s’apparentaient sinon relevaient strictement des formes de guerre. Bien évidemment, les actions de résistance, telles que soulignées ici, n’étaient pas traitées autrement que de “terroristes” par l’occupant nazi (cf. L'”Affiche Rouge”).Il y avait donc entre les groupes révolutionnaires “terroristes” (anarchistes français et italiens), Narodnaya Volya, ou Révolutionnaires Sociaux russes, dynamiteurs irlandais d’autrefois, et résistants de la Seconde Guerre Mondiale, une relative proximité. Proximité non d’idéologie, mais d’éthique pratique.Leurs actions contenaient, en elles – même, l’empreinte du motif de leur combat. Posant des limites à leurs actions, ils faisaient une distinction, qui avait une signification morale, entre les gens que l’on pouvait tuer et ceux que l’on ne pouvaient pas tuer, même par “accident”.-{{3.}}{{Ma troisième observation portera sur la constatation faite par Walter Laqueur, comme Michaël Walzer, d’un changement de nature, après la Seconde Guerre Mondiale, dans les pratiques se réclamant d’une perspective révolutionnaire.}}Michaël Walzer écrit que “le terrorisme, au sens strict, le meurtre arbitraire de victimes innocentes, n’a émergé comme stratégie dans la lutte révolutionnaire qu’après la Seconde Guerre mondiale”. C’est – à – dire, selon lui, “après être devenu un aspect de la guerre conventionnelle”.Walter Laqueur attribue un même constat au fait, dit – il, qu'”au XXème siècle la vie humaine est devenue meilleure marché, qu’on a cru de plus en plus que la fin justifie les moyens et que de toute façon traiter les gens avec humanité était un préjugé bourgeois”.Le même auteur note que les Narodnaya Volya, les anarchistes français ou les dynamiteurs irlandais, n’auraient pas “enlevé des enfants et menacés de les tuer à défauts du payement d’une rançon. Ils n’auraient pas engagé des gens pour faire leur propre besogne, ou confier des colis contenant des explosifs à des touristes insoupçonnables, ou épousé et mis enceinte une femme pour la faire sauter avec le cadeau qu’elle emportait sur le vol Londres – Tel – Aviv”. Il ajoute encore qu'”ils n’auraient pas attendu de gouvernements étrangers le versement d’une indemnité se chiffrant par millions de dollars pour une mission mercenaire accomplie. Ils n’auraient pas torturé, mutilé, violé, émasculé leurs victimes, ne se seraient pas lancé dans des massacres insensés dans leurs propres rangs”.Enfin, il souligne qu’aucun des terroristes des années 60 -70, originaire d’Europe Occidentale, d’Amérique du Nord, du Japon, ou du Proche – Orient n’a été exécuté. Qu’ils ont eu de surcroît une bonne chance d’être relâchés avant d’avoir purgé leur peine, grâce aux menaces de leurs camarades sur les autorités, ou aux négociations secrètes avec leurs commanditaires. Les remarques, tant de Michaël Walzer que de Walter Laqueur, doivent être prises très au sérieux. L’historien Georges Mosse, dans son livre De la Grande guerre au Totalitarisme (G. MOSSE, 1999) , identifie la “brutalisation” des sociétés occidentales consécutives à la massification de la mort lors déjà de la Première Guerre Mondiale. Qu’il y eut là une première cassure dans la Civilisation, avant la « rupture de Civilisation » (Zivilisationbruch) qu’a constitué le nazisme, nous pouvons en prendre la mesure en rappelant qu’en décembre1868 à St Petersbourg Les nations avancées réunies déclaraient que l’usage de projectiles explosifs en temps de guerre contre les civils et troupes d’infanterie relevait d’un crime contre l’humanité.Repérée également par l’historien Maurice Agulhon, dans la virilisation des emblèmes et des représentations allégoriques à l’amorce des futurs totalitarismes, il a, par ailleurs, dans L’Image de L’homme, l’invention de la virilité moderne(G. MOSSE, 1997), également identifié la construction d’un stéréotype hellénique de la virilité moderne, confluent avec cette “brutalisation”, sinon un de ses amorceurs. De son côté, le sociologue Thorstein Veblen avait déjà, à la fin du XIXème siècle, repéré ce qu’il appela les survivances modernes de la prouesse barbare; identifiant, en clinicien, la violence à peine amortie des mœurs et manières des milieux du capitalisme spéculatif des années 1880 – 1900, en quête d’argent, gloire et prestige. Une trame de violence maillant petit à petit la Culture (comme “Psyché collective”)en Occident, au rebours de la promesse de “Civilisation des Mœurs” que croyait pouvoir discerner, dans le mouvement de la modernité, Norbert Élias (N. ÉLIAS, 1973).Il se pourrait donc qu’au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, au résultat de l’empreinte des régimes totalitaires, fasciste, nazi et stalinien, et de leur gouvernements “terroristes”, la “brutalisation” latente attrapée par Georges Mosse, après l’abîme d’épouvante que réalisa le “pousse au jouir” meurtrier nazi, ait achevé sa mutation en “criminalisation” rampante et contagieuse.En tout cas, les passages à l’acte extrêmes du nazisme prioritairement, et du stalinisme complémentairement, semblent avoir inscrit un trait indélébile dans les soubassements culturels contemporains de la modernité. Et, pour ce qui nous préoccupe ici : le radicalisme politique ; dans ses modus operandi et dans ses manières d’être au monde. La politique de terreur, l’indistinction croissante des cibles, la maximalisation de l’assassinat politique vers le meurtre arbitraire, du meurtre arbitraire vers le “meurtre de masse”, comme nouveau standard, après la Shoah, de l’extrémisme politique, avec l’approbation d’intellectuels progressistes engagés, signent ce glissement fatal. Pensons aux attentats en Israël, à ceux contre les tours de Manhattan, à celui récent contre Benazir Bhutto au Pakistan (130 morts), ou en Afganistan cette semaine contre une délégation parlementaire qui faucha des dizaines d’écoliers.Il n’est évidemment pas exclu que ce glissement ait été facilité, conforté, voire amplifié, par les labyrinthes d’intrigues, coups tordus, cynismes, de la “guerre froide”, et par le passage de la violence révolutionnaire au terrorisme directement d’État, ou instrumentalisé par des États sponsors (en général des pays du Bloc soviétique ou des pays du Moyen – Orient). Il m’a toujours paru étonnant, alors que le gauchisme, dans toutes ses tendances, trotskistes, maoïstes, anarchistes, se caractérisait par son antisoviétisme, que les groupes terroristes issus de cette mouvance ne s’en soient jamais pris à des cibles des Pays de l’Est. Cette absence était possiblement lisible comme le signal implicite d’une allégeance a minima opportuniste, sinon comme l’indice que ces groupes étaient une création directe de services actifs de ces pays. Comme il n’est pas non plus exclu – qu’à l’occasion du conflit Israélo – Arabe -, formateurs du KGB et anciens SS exfiltrés après la guerre et reconvertis dans le conseil à certains services secrets de pays arabes, aient produit, en situation, la synthèse de leur “savoir – faire”. Et l’aient dispensée aux candidats révolutionnaires venus chercher dans les camps des organisations palestiniennes le complément d’initiation qui leur faisait défaut. Il est notable, et pas sans conséquences, que se sont côtoyés, à cette époque, militants d’extrême gauche et militants néo – nazis, dans ces camps. Ces derniers, autour de l’antisionisme, ayant servi de “chaudron de sorcière” à l’amorce de cette chimère idéologique désignée aujourd’hui par brun – rouge.Quant à la “manière d’être au monde”, on retrouve la même forme d'”héroïsation de la violence” comme prouesse sociale que dans la pègre ou dans le nazisme. Le terroriste des années 70 s’est mué en cabotin de violence et affiche une posture de loisir. Il exhibe avantageusement les traits rémanents du comportement barbare. Ce même comportement épinglé par Thorstein Veblen et débusqué par lui derrière la comédie sociale de ce qu’il appela la Classe de Loisir (T. WEBLEN, 1970).Logement dans des palaces, déplacements en jet mis à disposition par certains États, vie luxueuse et affranchie du travail,, comme le raconte Hans Joachim Klein (H.J. KLEIN, 1980), le terroriste “international”, habillé en légitimité déclarative, dans l’espace public, du référent de “résistant” révolutionnaire à des États démocratiques décrétés “fascistes”, est devenu, à cette période, pleinement un acteur dorénavant de l’ordre de la tyrannie, et ses actes relèvent exclusivement de la libido dominanti. La personnalité de Khaled Cheikh Mohammed, mégalomane sanguinaire, instigateur des attentats du 11 septembre, en témoigne encore. Seuls les petits “caves” de la politique ont pu en être les dupes.C’est, sans doute, par ici, probablement, dans cette inexorable dérive, qu’il conviendrait de comprendre pour une part, la porosité ou la congruence entre groupes terroristes et “crime organisé”. Et la conversion de nombreux mouvements révolutionnaires de par le monde en narco – guérillas (FARC, UCK, etc.) et narco – fondamentalistes. Le trafic de drogue est devenu le point de confluence des réseaux terroristes et des réseaux mafieux qui s’imitent en violence et s’interpénètrent en intérêt, et le point de fusion entre expression militante et menace criminelle.(à suivre)
Culture, histoire et paix : dialogue avec Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO
Interpellée par l’annulation de l’exposition {” Le peuple, le Livre, la Terre : 3500 }{ans de relations entre le Peuple Juif et la Terre d’Israël”} co-organisée par l’UNESCO et le Centre Simon Wiesenthal, qui devait se tenir du 20 au 30 janvier au siège parisien de l’UNESCO, Lise Haddad, philosophe et Présidente du MPCT, s’était adressée le 21 janvier à Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO pour lui dire : {” Effacer le passé ne peut pas apaiser l’avenir … La peur ne peut pas constituer le motif d’une décision d’ annulation parce que cela signifie que quelque chose nous intimiderait suffisamment pour arrêter la vocation de cette belle institution qu’est l’UNESCO qui croit à la vertu de l’enseignement pour assurer le progrès de la conscience morale et l’avènement de la paix universelle. J’espère que vous changerez d’avis et que vous retrouverez, au nom de cette institution, le courage qui doit porter tout enseignant: celui de transmettre et d’éduquer, d’émanciper les jeunes des peurs et du ressentiment”. } Irina Bokova lui a répondu pour affirmer que l’exposition{ “n’a pas été annulée, mais reportée”.}Elle écrit : {” L’exposition se tiendra durant la deuxième semaine du mois de juin 2014 au siège de l’UNESCO. La finalisation de certains points encore en suspens nous a en effet amenés à ajourner cette importante rencontre – ce qui fut une décision pénible- mais croyez bien qu’il ne s’agit aucunement ni d’une prise de position partisane ni d’un acte de faiblesse où la crainte l’aurait emporté sur notre détermination commune à oeuvrer en faveur d’une éducation à la tolérance et au respect de l’autre.”}Il faut prendre acte de l’engagement de la Directrice générale de l’UNESCO à ce que l’exposition se tienne début juin. Il n’en reste pas moins que ce report est injustifiable. Irina Bokova ne mentionne pas la véritable raison de sa décision de dernière minute : la lettre que lui avait adressée le 14 janvier le Groupe arabe auprès de l’UNESCO , pour exprimer sa “grande réprobation” et demander l’annulation de l’exposition. Face à cette censure , le Centre Simon Wiesenthal a été soutenu par des personnalités aussi diverses que l’ancien archevêque de Canterbury et l’écrivain algérien Boualem Sansal. On se prend à rêver d’un homme de la trempe de ce dernier à la tête de l’UNESCO. Car, comme l’écrivait aussi Lise Haddad dans sa lettre à Irina Bokova,{ “Nous portons la responsabilité de la civilisation à venir”} Marlène Jason
Journée Martin Luther King le 20 janvier : le MPCT partenaire de la Collecte de livres “Books for Africa”
Pour la première fois, l’association des électeurs américains expatriés (Union of Overseas Voters) organise une collecte de livres à destination de l’Afrique dans le cadre de le Journée Martin Luther King le 20 janvier prochain, avec notamment le concours du Carrefour des Associations Parisiennes, de la Maison des Associations du 5° arrondissement, de la Fondation des Etats Unis et de {l’American Library in }{Paris}. Le MPCT est partenaire de cette action.Informations, poster : [http://globalmlkday.org/->http://globalmlkday.org/]Liste des 6 points de collecte parisiens :[http://globalmlkday.org/serve/paris-france-book-collection/->http://globalmlkday.org/serve/paris-france-book-collection/] NBLivres en bon état, français ou anglais, livres scolaires de moins de 15 ans, encyclopédies de moins de 10 ans, livres de droit , littérature etc.Pour donner de grosses quantités de livres et pour tous renseignements, contacter{Union of Overseas Voters }: [Info@UnionOfOverseasVoters.org ->Info@UnionOfOverseasVoters.org ]ou appeler le 0805 696 408.
Pakistan, Afghanistan : Aitzaz, Spozhmay, enfants héroïques face aux talibans
{{Toute une école épargnée par l’héroïsme d’un adolescent !}} Il s’appelait Aitzaz Hassan, il avait 15 ans. Il ne deviendra jamais médecin comme il le voulait mais il a sauvé beaucoup de vies, en sacrifiant la sienne. Il a évité une mort atroce à des centaines d’enfants en interceptant le terroriste qui allait se faire exploser dans le groupe scolaire de la petite ville chiite d’Ibrahimzai, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest). Plus d’informations :[http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/01/09/97001-20140109FILWWW00501-pakistan-l-adolescent-se-jette-sur-un-kamikaze.php ->http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/01/09/97001-20140109FILWWW00501-pakistan-l-adolescent-se-jette-sur-un-kamikaze.php]{{Programmée pour un « attentat suicide » à 10 ans !}}Spozhmay est une fillette afghane de 10 ans que son taliban de frère avait jugée assez âgée pour lui faire enfiler un gilet explosif et lui confier une “mission suicide”, l’attaque d’un poste de police dans la province de Helmand. Elle a eu la chance d’échapper à une mort atroce et demande la protection des autorités qui devront lui trouver une famille d’accueil. V. W.

