{« Pakistan : la charia en échange de la paix »,} tel était en résumé jeudi 19 février le titre des médias sur l’accord passé entre le gouvernement pakistanais et les talibans de la vallée de Swat. Ces médias soulignaient cependant que céder « pour avoir la paix » était un pari risqué. {{Quelle serait donc la recette pour la paix, au Pakistan et ailleurs ?}} D’abord témoigner de la déférence aux talibans et aux terroristes. Ce terme doit d’ailleurs être banni et remplacé par celui de « résistants ».Les assassinats d’otages doivent être étiquetés « exécutions ». Il faut s’interdire toute critique d’organisations terroristes, taire les crimes qu’elles commettent contre les civils et au contraire louer leur « résistance ». {{Mais comment ? Ces sages précautions sont déjà prises et cela ne suffit pas ?}} Il convient alors d’observer quelques règles de bon sens : -priver les filles d’enseignement-persuader les femmes de dissimuler leur féminité -s’abstenir de participer aux funérailles de victimes d’attentats Il faut de plus se montrer prudent pour éviter de croiser la route d’un « résistant » en partance pour le paradis :-ne pas aller se faire soigner à l’hôpital-ne pas aller au restaurant -ne pas prendre l’autobus, le train, l’avion -faire ses courses avec la plus extrême précaution Et en outre :-ne pas écouter de musique-ne pas être juif, chrétien, chiite (sauf là où règne l’islamisme version chiite), d’une autre religion ou – surtout pas ! – athée en terre d’Islam-ne pas être homosexuel Quant aux « occidentaux » il leur faut avoir un comportement raisonnable :-ne pas venir travailler dans un pays musulman, pas même comme humanitaires-ne pas fréquenter les hôtels de luxe-ne pas fréquenter non plus les petits centres d’hébergement pour routards – et surtout pas les centres Chabad (2) -en règle générale ne pas voyager sauf pour participer à des manifestations bien encadrées en l’honneur du fameux dialogue des civilisations. Ce programme est caricatural ? Certes le trait est un peu grossi mais, à coup de relativisme, d’accommodement et d’abandon des droits humains universels, on s’en rapproche dangereusement. Quant à l’accord talibans-gouvernement pakistanais, il a été salué dès le lendemain par un nouvel attentat “suicide” commis, dans ce nord-ouest du Pakistan, bastion des talibans, au cours des funérailles d’un dirigeant chiite assassiné. Bilan annoncé : 30 morts, plus de 50 blessés. {{En fait de paix, céder aux talibans n’est qu’un encouragement au terrorisme.}} Samar Minullah, anthropologue pachtoune le dit avec force : {« Le gouvernement pense pacifier les extrémistes mais il ne fait que les renforcer…… les femmes payent le prix le plus élevé de cette montée de l’extrémisme. Au niveau de l’éducation et de l’emploi, elles sont les premières visées. Après avoir souffert du sous-développement, les gens aujourd’hui sont privés de tout pouvoir. Ils ne peuvent s’exprimer contre les atrocités commises par les talibans, les destructions d’écoles, les assassinats, les opposants décapités. Personne n’ose plus élever la voix. Je suis très pessimiste sur l’avenir de mon peuple. »} Si personne au Pakistan n’ose plus élever la voix, c’est aux démocrates de tous les pays de le faire ! Alors ne tardons pas. {{Une signature de la pétition internationale NON AU TERRORISME, c’est une voix pour les filles, les femmes, les opprimés et les victimes sans voix du Pakistan et d’ailleurs.}} {{http://www.petitionnonaut.org}} HCM (1) Courant juif orthodoxe Loubavitch (2) Le Monde du 19.02.09
Auteur/autrice : MPCT
Liberté d’expression et liberté d’investigation : retour sur l’assassinat des moines de Tibhirine
Un communiqué (1) de Rina Sherman, auteur du livre {Le huitième mort}{ de Tibhirine}, nous a appris le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris du journaliste Jean-Baptiste Rivoire soupçonné de violences volontaires préméditées.Didier Contant, grand reporter, était mort alors qu’il s’apprêtait à publier son enquête sur la mort des moines de Tibhirine en Algérie en 1996, concluant à la culpabilité du GIA (Groupe Islamiste Armé) dans leur enlèvement et leur assassinat . Contrairement à Jean-Baptiste Rivière qui avait, lui, attribué la mort des moines à l’armée algérienne. Une véritable opération de lynchage professionnel, avait alors accueilli le travail de Contant , dénoncé comme un agent de services secrets français et algériens. Jusqu’à sa chute mortelle en février 2004. Pour Rina Sherman, journaliste et ancienne compagne de Didier Contant, qui a livré son témoignage dans « Le huitième mort de Tibhirine », l’annonce d’une comparution de Rivière devant la justice est une grande nouvelle. Elle explique : {« Cette nouvelle marque une étape importante, seulement une étape, mais c’est une reconnaissance par la justice qui était longtemps hésitante et une reconnaissance qui va créer une jurisprudence, c’est en cela une étape importante pour la défense et la protection de la liberté d’expression ».} (V.W) (1) http://8e-mort-tibhirine.blogspot.com/
Extraits de la Conférence internationale “Le terrorisme contre les droits humains universels” (IV) : Contributions de Françoise Rudetzki et Bernard-Israël Feldman
Nous continuons à rendre compte de la Conférence du 23 novembre 2008 avec les contributions marquantes de Françoise Rudetzki et Bernard-Israël Feldman. Véritable pionnière, figure emblématique du combat pour la défense des victimes du terrroisme, Françoise Rudetzki fut grièvement blessée dans l’attentat du Grand Vefour à Paris en 1983. Elle fonda en 1986 S.O.S. Attentats, S.O.S. Terrorisme. Elle est l’auteur de “Triple Peine”. Bernard-Israël Feldman est pschanalyste, docteur en psychologie et victimologue.Il est fondateur de « HEVEL » (Association internationale d’aide aux victimes de la violence). Franco-israélien, il est responsable en Israël du programme « UNITWIN » (Programme international de l’UNESCO d’enseignement universitaire sur la Violence dans les universités du monde entier) et Président de l’Association. Israël-France de Victimologie de l’Enfant et de sa Famille_______________________________________________________ {{Françoise Rudetzki LE TERRORISME CONTRE LES DROITS HUMAINS UNIVERSELS}} – Le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait, à Paris, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH). Après les barbaries perpétrées lors de la Seconde Guerre mondiale, cette déclaration réaffirmait les droits fondamentaux de tout être humain, « la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine », « les droits égaux et inaliénables [qui] constituent le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ».L’article 3 précise que :« Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ».L’article 5 affirme que :« Nul ne sera soumis à la torture, ni à des traitements cruels, inhumains ou dégradants ».Ainsi, ces postulats, adoptés à l’unanimité avec quelques abstentions, restent 60 ans après toujours en vigueur. Rédigée principalement par René Cassin, prix Nobel de la Paix 40 ans après cette déclaration, ces valeurs ont toujours été miennes. Le fait d’avoir été victime d’un attentat le 23 décembre 1983, ne m’a jamais conduite à renoncer à ces principes fondamentaux, intangibles, censés transcender les cultures, les religions, les États et les ethnies. – Depuis 25 ans, j’ai tenté, à titre personnel mais aussi à travers l’association de victimes S.O.S. Attentats, S.O.S. Terrorisme fondée en 1985, à la suite d’un « non-lieu » prononcé par la justice, de convaincre les décideurs et la société civile que les droits des victimes, leur reconnaissance, leur souci de justice et de vérité appartiennaient aussi aux droits de l’Homme, aux droits des Humains Hostile à la peine de mort en toutes circonstances, parce que la vie est sacrée, parce que les attentats suicides prouvent qu’elle n’est pas dissuasive, S.O.S. Attentats a été la seule association de victimes à défendre officiellement ce principe.La lutte contre le terrorisme ne justifie en aucune façon : l’atteinte aux droits de l’Homme les zones de non-droit Guantanamo la torture les bombardements des populations civiles au Moyen-Orient, en Irak, en Afghanistan les actions en Tchétchénie.- De la théorie à la pratique Le terrorisme aujourd’hui représente une des principales menaces contre la paix dans le monde. Il constitue la forme la plus grave et dangereuse de la criminalité, il vise à créer un climat de terreur, d’insécurité et de peur collective sur tous les continents, au mépris du droit international. Les actes de terrorisme sont violents et spectaculaires, ils bafouent le droit à la vie de tous.Otages ou victimes des bombes, journalistes, hommes politiques, touristes, citoyens ou cibles symboliques, l’injustice est la même. Ces actes contournent les lois de la guerre. Le but des terroristes est d’atteindre un prétendu ennemi sans se confronter à lui. Face au chantage terroriste, la riposte n’est pas aisée : il faut préserver nos principes en conciliant le droit à la sécurité et la protection des libertés fondamentales. En effet, si aucune cause ne peut justifier que l’on tue des civils, le terrorisme ne justifie pas que les démocraties renoncent à leurs valeurs et leur attachement à l’Etat de droit. En dépit de l’impact médiatique produit, longtemps les victimes sont restées exclues, isolées. Dès l’instant où elles n’étaient plus objet de soins médicaux intensifs, elles se heurtaient à l’indifférence et demeuraient sans aide, ni psychologique, ni sociale, ni financière, ni juridique. Objet de toutes les compassions sur l’instant, les victimes retombaient très vite dans l’oubli et la solitude. Les décideurs se mobilisaient surtout pour effacer les traces visibles des dégâts matériels. Dès 1974, la France a été frappée par le terrorisme national et international, sur son sol comme à l’étranger. Les années 80 ont été particulièrement violentes, qu’il s’agisse des attentats commis par Action directe, le FNLC, par des mouvements agissant dans le cadre du conflit au Moyen-Orient, d’attentats attribués au groupe Carlos, d’actes commandités par l’Iran, de l’attentat commis par des citoyens libyens contre un vol de la compagnie UTA reliant Brazzaville à Paris le 19 septembre 1989.En 1993 et 1994, des attentats revendiqués par le GIA ont été perpétrés contre la France ou contre des Français en Algérie. Puis en 1995, la violence a de nouveau frappé en France, à Paris mais aussi à Villeurbanne puis encore dans le RER, à Paris puis le 3 décembre 1996 dans le RER, à la station Port-Royal.Plusieurs centaines de morts, des milliers de blessés.Si les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont marqué violemment les esprits dans le monde entier en raison du caractère meurtrier des attaques, l’internationalisation du terrorisme est antérieure à ces événements. Depuis lors, le phénomène est devenu une préoccupation majeure de la communauté internationale. De Djerba à Karachi, de Bali à Djakarta, de Riyad à Casablanca en passant par Israël, l’Algérie, le Liban, le Kenya, la Turquie, la Russie, la Palestine, le Yémen, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde, l’Indonésie, la Jordanie, le Kenya, l’Égypte, l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Irlande, et l’Irak, quotidiennement, les actes de terrorisme se multiplient sur tous les continents. Chaque jour, nous déplorons de nouveaux crimes, de nouvelles victimes. Le symbole même de l’ONU a été visé le 19 août 2003 à Bagdad puis en 2007 à Alger. Les prises d’otages se sont multipliées (au Liban, en Iran, au Koweït, aux Philippines, en Colombie sans oublier Guilad Chalit détenu en Palestine).La lutte contre le terrorisme a généré depuis des décennies l’adoption de nombreuses réglementations internationales, 16 conventions dans le cadre de l’ONU, à ce jour. Pourtant aucun consensus ne peut se dégager sur une convention générale contre le terrorisme faute d’une définition commune du terrorisme…La question des victimes, de leurs droits, de leurs souffrances et de la réparation de leurs préjudices a longtemps été éludée. Leur réinsertion sociale et professionnelle n’est toujours pas résolue. Après 23 ans de combats, j’ai souhaité mener des actions ailleurs et autrement face aux risques d’attentats majeurs qui se profilent. Le 20 septembre, l’Assemblée générale extraordinaire de l’Association a prononcé sa dissolution constatant la réalisation de plusieurs objectifs (législatifs, sensibilisation à la cause des victimes etc.) mais exprimant ses craintes quant à l’avenir. – Indemnisation et prise en charge La création en 1986, d’un Fonds de Garantie des victimes d’actes de terrorisme et autres infractions en France a marqué un progrès. Membre du Conseil d’administration depuis l’origine, le combat y est permanent.Des études médicales menées à notre initiative ont prouvé la nécessité d’un suivi non seulement dans l’urgence mais aussi à moyen et long terme. – Le statut de victime civile de guerre Cet acquis législatif, après quatre ans de combat, en date du 23 janvier 1990 et applicable aux actes commis depuis le 1er janvier 1982, concrétise, en France, le fait que le terrorisme est assimilé à une “guerre en temps de paix”. Au-delà de cette reconnaissance morale, la loi accorde aux victimes d’actes de terrorisme les soins gratuits, l’accès aux hôpitaux militaires, le statut de veuve et veuf de guerre et de pupille de la Nation aux enfants victimes. – La lutte contre l’oubli S.O.S. Attentats est à l’origine du premier mémorial dédié à toutes les victimes du terrorisme, inauguré par le Président de la République, M. Jacques Chirac, le 3 décembre 1998. Autour de ce monument installé à l’Hôtel national des Invalides, S.O.S. Attentats a organisé, chaque année, des cérémonies commémoratives à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme. En dépit des appels via les médias, sur le site de l’association, la mobilisation de la société civile n’a jamais été à la hauteur des attentes des victimes. – La lutte contre le terrorisme, contre l’impunité et les immunités La lutte contre le terrorisme par la voie judiciaire est la seule réponse que les démocraties peuvent prôner.L’indemnisation des victimes ne doit pas les priver de l’accès à la Justice, de la reconnaissance publique de la souffrance et de la confrontation avec les auteurs dans une enceinte judiciaire. Sans haine et sans esprit de vengeance, tous les responsables de crimes de terrorisme doivent être poursuivis, jugés et purger leur peine dans le plein respect des droits de la défense et ceux des victimes. Ces dernières ne sont pas « au cœur du procès » qui reste celui des auteurs présumés. La Justice doit être rendue dans le cadre d’un procès équitable. Le procès contradictoire reste la dernière étape de la restauration que la société peut offrir à une victime, une possibilité de cicatrisation et de réintégration dans le groupe humain ; il constitue un devoir de mémoire et de vérité envers tous ceux qui sont décédés. Entre société victimaire et négation des victimes, un équilibre doit être trouvé. Ce discours est peu entendu des professionnels du droit et des associations de défense des droits de l’Homme qui se mobilisent trop souvent à sens unique. Les réponses judiciaires ne sont pas toujours satisfaisantes. La justice pénale doit être crédible. De nombreux obstacles juridiques et diplomatiques ne permettent pas de traduire les terroristes en justice ce qui suscite l’incompréhension des victimes et de l’opinion publique. La loi du 6 juillet 1990 a permis à l’association de se porter partie civile aux côtés des victimes afin de les accompagner dans les méandres de la justice. Mais, le constat est décevant. La plupart des auteurs échappent aux poursuites. Les non-lieux, les amnisties, les grâces présidentielles, les procès par contumace, le manque de moyens de la justice, les procédures interminables faute de coopération policière et judiciaire, les mandats d’arrêt internationaux non suivis d’effets favorisent l’impunité. Les exemples sont nombreux, concernant des attentats commis soit en France (Drugstore Saint-Germain en 1974, rue Copernic en 1980, rue des Rosiers en 1982, à Port-Royal en 1996), contre des Français à l’étranger en Algérie, à Karachi, à Casablanca… Tous les responsables d’actes de terrorisme, les auteurs, les complices, les commanditaires y compris les dirigeants en exercice, doivent être poursuivis, jugés et condamnés. Il faut lutter contre les immunités accordées aux Chefs d’État ou assimilés. Il faut que cesse l’influence des politiques sur la justice. La Raison d’État se résume souvent à des intérêts économiques. Les procédures d’extradition constituant des freins à la justice et favorisent également l’impunité, il serait nécessaire qu’en Europe, l’extradition des terroristes soit automatique vers l’État sur le territoire duquel l’attentat a été commis. Ainsi, les cas de Cesare Battisti, Marina Petrella et quelques dizaines de membres des Brigades rouges auraient été résolus. La France de son côté a attendu 10 ans pour obtenir l’extradition de Rachid Ramda.En dehors de l’Europe, les conventions d’extradition avec les démocraties doivent être révisées. Combien de temps faudra t-il au Canada pour se prononcer sur le cas d’Hassan Diab, soupçonné par la justice française d’être l’auteur de l’attentat contre la Synagogue de la rue Copernic en 1980 ? Les immunités et les impunités ne sauraient se monnayer. Le versement d’indemnisations n’a jamais effacé un crime et ne représente pas une forme de reconnaissance de culpabilité. L’attentat contre les 170 personnes de 17 nationalités tuées le 19 septembre 1989 à bord du DC 10 de la compagnie UTA (vol 772) est à ce titre emblématique. La plainte déposée contre le colonel Kadhafi a été rejetée par la cour de cassation en France. Les magistrats ont invoqué en 2001 l’immunité du « guide de la révolution ». Les mandats d’arrêt internationaux délivrés en 1999 suite à la condamnation par la justice française de six citoyens libyens sont restés lettres mortes, ils courent jusqu’en 2019… Leur procès par contumace n’est ni satisfaisant pour les coupables ni pour les victimes. Une autre procédure contre l’État libyen est en cours aux USA grâce à l’aide de S.O.S. Attentats. Aboutira -t- elle ?Les mandats lancés également par la justice française suite à la condamnation de citoyens iraniens responsables de l’assassinat de M. Baktiar en 1991 et celle de la République islamique d’Iran par la cour de Washington restent toujours sans effets.Dans la lutte contre le terrorisme seules comptent la justice, la vérité et la solidarité vis-à-vis des victimes qui ne sont pas visées à titre individuel. Le respect des droits de l’Homme et la nécessité d’une justice équitable ne doivent pas nous faire oublier que nous sommes tous concernés et que les populations civiles souffrent du terrorisme. En 1998, la justice internationale a progressé. A la suite du combat mené par les victimes chiliennes, la Chambre des Lords britannique s’est prononcée pour la levée de l’immunité du général Pinochet et pour son extradition.Quel espoir ! Quelle évolution ! Quelle unanimité en France et ailleurs !Forte de cette avancée, S.O.S. Attentats a déposé plainte contre le colonel Kadhafi suite à la condamnation de six citoyens libyens par la cour d’assises de Paris en 1999. En mars 2001, la cour de cassation, instance judiciaire suprême française, en application d’une coutume internationale, lui a accordé l’immunité, en tant que chef d’Etat, qu’il n’est pas, pour son implication éventuelle comme donneur d’ordre potentiel dans le cadre de l’attentat contre le DC 10.Une autre décision aurait sans doute été prise après le 11 septembre 2001 et par ailleurs si les défenseurs des droits de l’Homme, les organisations non gouvernementales et les médias s’étaient mobilisés au même titre que dans l’affaire Pinochet.Quel silence des bonnes âmes toujours prêtes à créer des comités de soutien pour certaines causes oubliant, dans leurs combats à sens unique, les victimes ! – Perspectives et conclusion Au plan européen des progrès restent à accomplir pour une véritable coopération judiciaire européenne en vue d’une harmonisation des politiques de prévention, de répression et de lutte contre le financement du terrorisme. Le mandat d’arrêt européen doit aller encore plus loin et devenir automatique. Sur le plan international, la parole des victimes doit être entendue dans l’objectif général que les victimes ne soient plus oubliées, qu’aucune discrimination ne soit effectuée dans le traitement des victimes et qu’une véritable justice pénale internationale soit compétente dans le domaine du terrorisme. La compétence de la Cour Pénale Internationale créée en 1998 pour les crimes les plus graves, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide devrait être étendue à tous les auteurs ou complices d’actes de terrorisme. Ayant participé au premier symposium consacré aux victimes du terrorisme organisé par l’ONU du 8 au 10 septembre 2008 en tant que victime et expert, il est évident que le chemin sera long pour que la lutte contre le terrorisme et la solidarité envers les victimes progressent et soient une priorité. Mais c’est ainsi que la Déclaration universelle des droits de l’homme deviendra une réalité pour tous ceux qui espèrent combattre le terrorisme avec le droit, rien que le droit mais tout le droit. _________________________________________________________{{Bernard-Israël Feldman LES PROCESSUS DE VICTIMATION INDUITS PAR LE TERRORISME DANS LE CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN}}- Le nombre des attentats (à New York, à Madrid, en Ossétie du Nord et à Londres), a subitement augmenté et précipité le monde libre, et notamment l’Europe occidentale, dans une grande panique. Les Israéliens, quant à eux, vivent ce fléau depuis la création de leur Etat, en 1948, et même depuis une date antérieure à leur indépendance. « L’Intifada Al Aksa », a amplifié le phénomène, et il y a même eu jusqu’à 3 “attentats-suicides” par jour en mars 2002.J’aborde ici les ravages opérés par ces actes monstrueux que sont les attaques terroristes par suicide, sur les Israéliens, et sur les Palestiniens. – L’APPROCHE CLINIQUE DES VICTIMESLors de l’attentat opéré par “bombe humaine”, les survivants sont plongés brutalement dans une angoisse incommensurable, une néantisation, un effroi, une sensation de mort imminente, effroyables. Subitement, un sentiment d’étrangeté, de dépersonnalisation est roi. Le corps est souvent atteint, blessé, disloqué, l’audition ne fonctionne plus, la parole est subitement perdue pour la victime. Puis, un sentiment d’impuissance, de honte, de dévalorisation de soi s’empare d’elle. L’attention se fixe sur des images traumatiques (morceaux de chair déchiquetés, membres désarticulés des morts : têtes, mains, etc.) ou des sensations (odeurs de « viande grillée », par exemple). Plus tard, un “Etat de Stress Post-Traumatique” peut s’installer chez les personnes qui ont survécu, et qui vont alors souffrir de plusieurs symptômes, notés par moi, tels que: · tristesse, · crises de larmes non contrôlées,· phobies, · remémorations fréquentes des scènes de l’attentat,· fixations sur les images traumatiques,· idées suicidaires,· violence (chez des personnes qui n’étaient pas agressives jusque là), colères, · culpabilité (comme chez toutes les victimes),· honte, sentiment d’indignité, dévalorisation de soi, perte du respect de soi, · paralysie de la pensée, fuite éperdue des idées, · fatigue, asthénie, · douleurs diffuses, · sentiment d’avoir été contaminé (parfois véritablement),· sentiment d’exclusion de la société,· vécu d’injustice. Il y a donc nécessité de prise en charge médicale et psychologique immédiatement, afin d’éviter la mise en place de ce syndrome. – Je citerai deux exemples de victimes prises en charge par moi-même:· Un jeune homme de 28 ans, que nous appellerons “D”, et qui a été victime d’un triple attentat à Jérusalem. Se trouvant chez des amis, il a proposé à ces derniers de sortir avec leur fils de 12 ans, afin de lui payer une pizza dans un petit restaurant. Arrivé sur les lieux, il a subitement entendu un bruit énorme, qui l’a rendu sourd immédiatement. 1l s’est retrouvé à 15 mètres de là, les jambes et un bras en sang, errant et criant sans pouvoir s’entendre lui-même, le nom du jeune garçon. Finalement, une secouriste l’a ramené vers le lieu du désastre, et il a vu 1’enfant mort déchiqueté. Depuis, cette image le hante. Après avoir passé 15 jours à l’hôpital, il a retrouvé l’usage de ses jambes, mais non de sa main gauche. 11 est resté sourd d’une oreille, et entend des bruits stridents en permanence dans sa tête (acouphènes objectifs, correspondant à une lésion anatomique perçue uniquement par lui-même, due peut-être à une lésion réelle de l’appareil auditif, mais non identifiée). Le plus douloureux pour lui, c’est la culpabilité qu’il ressent à 1’égard de ses amis, à cause de la mort du garçon (même s’ils lui répètent qu’il n’est coupable en rien). · Un enfant de 10 ans, “B”, qui a été témoin d’un attentat à Jérusalem également. Il revenait de son école, avec le car de ramassage scolaire. L’autobus qui les précédait a explosé à la suite d’une attaque par bombe humaine. « B » a donc vu ce qui restait du véhicule, la tête du chauffeur sanguinolente pendant hors du bus, les corps déchiquetés d’enfants et d’adultes. Il a entendu les cris des survivants, senti l’odeur de « grillé ». « B » a réagi en voulant devenir « Rambo », et en collectionnant des balles de fusils. Tout mon travail a consisté à tenté de ramener cet enfant à des jeux moins violents, et à tenter de répondre à sa question : « Pourquoi Dieu permet-il que des enfants soient tués ainsi? ». Voici des extraits de la lettre qu’il m’a permis de publier (traduction personnelle) :«Quand j’étais devant l’attentat, j’étais très inquiet, et ça me reste jusqu’à maintenant. Je pense toujours : “Comment c’est possible qu’un terroriste tue des innocents ?” Je comprends que les soldats attrapent les terroristes ! Dans chaque pays, PARTOUT, on attrape les criminels – mais pas les innocents !Et aussi, je ne comprends pas comment moi, un petit garçon, je dois me battre contre un gros attentat (me battre dans la tête bien sûr !).”B”. Il suffit au lecteur de multiplier par 3 par jour le nombre de ce genre d’attentats, pour réaliser l’ampleur de la tentative de déstabilisation, qu’a vécue la population d’Israël ces derniers temps.Les lieux publics sont particulièrement visés: marchés, transports publics (autobus bondés aux heures de pointe), discothèques, restaurants, etc.Les populations les plus atteintes sont celles des enfants et des plus pauvres, car ces derniers se déplacent plus en transports publics qu’en voitures privées, et vont au marché, parce que les denrées y sont vendues moins cher.Beaucoup de victimes sont des nouveaux immigrants, car ils sont faibles sur le plan socio-économique. Les franco-israéliens sont d’ailleurs aussi aidés par l’association française “SOS-ATTENTATS”. – Les processus de victimation induits par le terrorisme, notamment par bombes humaines, sont visibles au niveau de la population israélienne, mais comparativement à d’autres sociétés, le peuple juif israélien semble avoir relativement bien résisté à la vague de terreur due à “l’Intifada Al Aksa” et au bombardements vers le sud du pays. La population palestinienne paraît, par contre, beaucoup moins indemne, à cause de l’occupation et de l’impact des traditions qui la rendent beaucoup plus influençable par les organisations extrémistes islamistes, qui agissent comme des sectes mortifères, ce qui la pousse au comportement nihiliste dans le conflit qui l’oppose à l’Etat d’Israël. Nous devons nous intéresser au processus de manipulation mentale islamiste qui peut amener des jeunes gens à se faire exploser au milieu d’une foule innocente. En d’autres termes, il nous faut aussi envisager des soins psychologiques, sociaux, pour ces agresseurs qui subissent les lavages de cerveau opérés par les sectes islamistes.
Actualité : Talibans tueurs du Pakistan
L’annonce par les Talibans pakistanais (Tehrik Taliban Pakistan, TTP) de la décapitation de l’otage polonais Piotr Stanczak devrait susciter l’indignation générale !Ce jeune ingénieur avait été enlevé le 28 septembre dernier alors qu’il visitait un chantier dans la région d’Islamabad. Son chauffeur, son interprète et son garde du corps avaient été abattus sur le champ. Les talibans ont diffusé la vidéo barbare de la décapitation, vidéo hélas authentifiée par les autorités polonaises. Il s’agit du premier assassinat d’un occidental enlevé au Pakistan depuis celui de Daniel Pearl il y a sept ans. Il se produit dans un climat où attentats et enlèvements se multiplient.La violence des talibans a largement débordé des zones frontalières avec l’Afghanistan. Cible favorite : les écoles de filles. Décrétées interdites depuis le 15 janvier, elles sont brûlées ou bombardées si elles ne ferment pas.Il faut le dire avec force : les talibans sont les seuls coupables de l’enlèvement et de l’assassinat du malheureux otage, de son calvaire et de la douleur de sa famille.On ne peut accepter d’imputer la moindre parcelle de responsabilité dans la mort de la victime au gouvernement polonais pour n’avoir pas versé de rançon ou au gouvernement pakistanais pour n’avoir pas élargi les talibans prisonniers dont les ravisseurs exigeaient la libération. Au contraire d’un prisonnier, qui mérite jugement équitable et s’il est condamné, des conditions de détention humaines, un otage est toujours un innocent qui doit être libéré sans conditions.La confusion s’insinue pourtant dangereusement qui seule peut expliquer le peu, voire l’absence, de réaction à une telle nouvelle.Une confusion qui s’illustre jusque dans la sémantique utiisée par des organes d’information. Que des dépêches de presse qualifient les meurtriers talibans de« militants » en est un signe. Qu’elles annoncent, non l’assassinat de l’otage mais son « exécution », en est un autre. Une exécution est présumée légale, même si l’on rejette la peine de mort.Parler de l’exécution d’un otage, c’est conférer une insupportable légalité à son assassinat. Huguette Chomski Magnis
Actualité : le réseau européen des victimes du terrorisme
Un communiqué du réseau européen des victimes du terrorisme exprime son appui et sa solidarité envers les victimes du terrorisme au Royaume-Uni et en Irlande. (1) Notre mouvement ne peut qu’approuver ce texte qui dit notamment : {“Si la société ne prévoit aucune compensation ou reconnaissance pour les victimes d’actes terroristes, il est irréaliste et vain de parler d’un « processus de paix » florissant, juste et durable. Les compensations égales proposées par le gouvernement refermeraient la porte à toute tentative visant à reconnaître et à préserver la mémoire des victimes, contrariant par le fait même tout effort de coexistence dans la paix et la tranquillité.”}Nous pensons que ceci est vrai pour le Royaume-Uni et l’Irlande, pour l’Europe comme pour le monde. Le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme est solidaire de l’association qui réclame justice pour les victimes de l’attentat d’Omagh. OMAGH SUPPORT & SELF HELP GROUP ( Campaigning for the Human Rights of Victims of Terrorism), partenaire de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme, rencontrera le Premier Ministre britannique le 11 février. (1) A noter que ce communiqué du 30 janvier a récemment été retiré du site du réseau européen des victimes du terrorisme, à la demande d’un partenaire britannique du réseau, Foundation for Peace. Cette fondation, créée par les parents de deux enfants victimes d’un attentat de l’IRA, reproche au communiqué de ne pas refléter ses positions et d’être factuellement inexact. Pour s’informer sur le réseau européen des victimes du terrorisme :http://www.europeanvictims.net
Irak : autopsie d’une prétendue “résistance” version féminine
Une dépêche de l’ESISC (1) nous apprend l’existence d’une vidéo récemment rendue publique par la police irakienne : une femme accusée d’aider au recrutement de femmes terroristes “suicide” (ou “bombe humaine”) y livre des informations sur le fonctionnement de son réseau. Cette personne, Samira Ahmed Jassim, en aurait aussi révélé le mécanisme dans une interview à Associated Press : des jeunes femmes étaient violées puis dirigées vers elle. Agée de 50 ans, elle inspirait confiance aux victimes et leur prodiguait ses conseils en les persuadant de commettre des attentats “suicides” pour laver, radicalement, leur honneur.Selon un porte-parole militaire irakien, le Major Général Qassim Al Moussawi, la suspecte, en liaison avec les dirigeants du groupe islamiste Ansar Al Sunnah, aurait recruté plus de 80 femmes candidates et reconnaîtrait avoir commandité 28 attentats “suicides” dans différentes régions d’Irak. Les attentats meurtriers ont littéralement saigné la population irakienne sans jamais mobiliser beaucoup les ONG, l’opinion et l’establishment politique. Ils ont été relatés discrètement par des médias qui accompagnaient effectivement certaines dépêches de la laconique mention d’une “femme kamikaze” Le recours à des femmes pour commettre ce type d’attentat n’ a pas commencé en Irak. Au risque de déplaire, il faut rappeler que c’est Yasser Arafat qui, pour doubler le Hamas, appela le premier les femmes à se faire “shahidas”.A l’époque le Hamas ne confiait pas encore d’aussi “nobles” missions aux femmes, cantonnées à une tâche de reproduction. Wafa Idriss fut la première femme palestinienne à commettre un tel attentat, le 27 janvier 2002, dans un centre commercial de Jérusalem.La journaliste Barbara Victor a mis en lumière le fait que, dans la plupart des cas, les femmes “shahidas” étaient des marginales dans leur société, invitées à se racheter ainsi de leur faute présumée.L’affaire du réseau irakien, sous réserve que les faits soient avérés, au terme d’une enquête rigoureuse, illustrerait une monstruosité sans pareille, avec l’orchestration des viols en amont par des islamistes en mal de recrutement de terroristes. L’obscurantisme criminel d’une Charia qui veut que la victime d’un viol soit la coupable à sacrifier, le terrorisme qui vise à tuer un maximum de civils au moyen de l’explosion sacrificielle d’un être humain et le trafic de femmes, tout se combine, au service de ce qui n’a de “résistance” que l’étiquette dont veulent bien l’affubler les adeptes de l’approche relativiste (entendez justificatrice) du terrorisme. Et ceux du relativisme culturel.Ce sont généralement les mêmes. Huguette Chomski Magnis (1) http://www.esisc.org
Communiqué du collectif Urgence Darfour
Nous relayons ce Communiqué du Collectif Urgence Darfour, dont notre mouvement est partie prenante depuis l’origine. Il alerte sur une situation très grave. Les médias s’en désintéressent mais le temps presse pour les civils de Mouhajiriya.Paris, le 4 février 2009.{{ Communiqué du collectif Urgence Darfour}}La communauté internationale doit intervenir pour protéger les milliers de civils darfouris menacés par l’armée soudanaise à Mouhajiriya.Le collectif Urgence Darfour dénonce l’attaque par l’armée soudanaise de la ville de Mouhajiriya (Darfour Sud), qui compte une population estimée entre 30.000 et 50.000 personnes, dont plusieurs milliers de déplacés. Contrôlée depuis la mi-janvier par les rebelles du JEM (Mouvement pour l’égalité et lajustice), la localité vient cependant d’être évacuée par ce groupe armé. Mais l’aviation soudanaise a quand même entrepris des bombardements, tandis que les miliciens janjawids, auxiliaires des forces gouvernementales, ont pris position autour de la ville. Les raids aériens ont déjà fait plus de vingt victimes parmila population civile, dont des enfants. Selon des observateurs sur le terrain tout laisse craindre une offensive massive sur Mouhajiriya.La Minuad (la force de maintien de la paix commune ONU/Union africaine), dont la base locale au nord de la ville accueille environ 5000 réfugiés, ne dispose sur place que d’à peine 200 hommes, dont Khartoum a exigé le départ. Cette force ne sera pas en mesure de protéger la population si l’armée lance son assaut.Alors que la Cour pénale internationale doit se prononcer très prochainement sur les requêtes du procureur demandant que le président soudanais El-Béchir soit inculpé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, ne laissons pas le bourreau du Darfour commettre un nouveau massacre. Le collectif Urgence Darfour appelle donc la communauté internationale à intervenir immédiatement pour empêcher un bain de sang à Mouhajiriya.L’ONU, l’Union africaine et, plus près de nous, l’Union européenne, doivent faire pression sur le gouvernement soudanais pour l’empêcher d’envoyer ses troupes à l’attaque de la ville. Dans le même temps il faut dépêcher des renforts massif de la Minuad avec pour mission d’assurer une protection active des civils en cas d’offensive de l’armée soudanaise et de ses milices.Paris, le 4 février 2009
Extraits de la Conférence internationale “Le terrorisme contre les droits humains universels” (III) : Contributions de Michèle Vianès et Nabile Farès
{{Nous poursuivons la publication des extraits de la Conférence Internationale du 23 novembre 2008 avec deux contributions importantes faites dans le cadre de la table ronde “Quelles attaques de l’universel ?” . Michèle Vianès, Présidente de Regards de Femmes, militante pugnace et rigoureuse de la défense des droits des femmes et de la laïcité républicaine, explore le sens profond de l’Universel. Nabile Farès, écrivain et psychanalyste se penche sur le processus meurtrier de l’attentat dit “suicide” . Leurs approches différentes sont également précieuses au débat autour de la résistance à la légitimation du terrroisme.}} _________________________________________________________ {{ Michèle Vianès Le terrorisme violation majeure des droits humains Quelles attaques de l’Universel ?}} Je remercie le Mouvement pour la paix et contre le terrorisme, en particulier Huguette Chomski, d’organiser tous les ans un colloque contre le terrorisme, cette violation majeure des droits humains et de m’inviter à y intervenir . L’an dernier j’avais axé mon intervention sur les principes politiques fondamentaux indispensables pour lutter contre la propagande des idéologues terroristes afin d’abattre les totalitarismes, les intégrismes, et autres fanatismes. Tous nécessitent claustration intellectuelle et crédulité d’adeptes dont l’obéissance au chef est sans limite et inconditionnelle J’avais mis l’accent sur la nécessité de différencier la liberté de penser, qui ne se délègue pas, des libertés individuelles dans l’espace commun, indissociables de l’égalité, et qui ont donc pour limites la liberté de l’autre. Ainsi les goûts et choix personnels se distinguent des droits que la collectivité a l’obligation d’accorder aux citoyens De même toutes les opinions ne se valent pas et ne s’équivalent pas, elles n’ont pas la même légitimité. L’esclavage a longtemps été considéré comme une situation normale, dans la bible puis le coran, en Afrique, en Europe et tardivement encore aux Etats-Unis. Les besoins d’un groupe ne justifient pas la servitude d’autres humains. « Si on ne peut cultiver les Antilles qu’avec des esclaves, il faut renoncer aux Antilles » (Victor Schcelcher) En conclusion, je rappelais que la paix n’est possible que si on est libre dans sa tête et si on accepte mutuellement l’autre. Face aux pseudo-croisades sans débouchés, à l’humanitaire lacrymal, il convient d’agir pour un développement des droits humains universels. En continuité avec l’argumentation développée l’an dernier, puisque cette année, nous célébrons son 60° anniversaire, il est indispensable de rappeler le sens de la Déclaration universelle des droits humains et son utilité. Le terreau des intégrismes repose sur la culture du ressentiment, la haine de l’Autre et l’exacerbation des différences. Pour détruire ce terreau, il convient de distinguer particularismes et universel, cultures et culturalisme. – {{ L’individu entre Universel et particularisme}} L’universel désigne ce qui est commun à tous les êtres humains, l’aptitude à penser, aimer, souffrir. Il n’est pas la négation du particulier, mais permet d’émanciper chaque personne de toute tutelle oppressive et d’assumer le particulier de façon non fanatique. L’Universel est une référence émancipatrice. C’est penser les conditions de la concorde, alors que les particularismes, s’ils veulent s’imposer comme identité collective, politique, sont exclusifs: coutume contre coutume, croyance contre croyance. De trop nombreux pays ont signé la Déclaration universelle des droits de l’homme en émettant des réserves, alléguant coutumes, traditions théocratiques ou politiques du pays. Ainsi ils ont maintenu les servitudes dénoncées dans les textes internationaux, et ont fait entériner, par le droit international, des dénis de droit et dignité aux personnes, en fonction du sexe, de l’origine ethnique, des croyances religieuses ou des opinions philosophiques. Ce qui leur permet aujourd’hui de refuser les principes universels parce qu’occidentaux. Le scandale est atteint lorsque dans des pays de droit, ceux-ci ne sont pas reconnus à des groupes de personnes, en fonction du sexe, de l’origine ethnique, des croyances religieuses ou des opinions philosophiques. Lorsqu’en France, certains exigent ou acceptent la séparation entre hommes et femmes, le marquage des femmes, au nom d’une religion, c’est bien nier l’égalité en droit et dignité des êtres humains. Le relativisme culturel est du racisme, puisque cette argutie est utilisée pour interdire à des personnes d’avoir accès aux principes universels de dignité et de droit humain, sous prétexte que dans leur pays de naissance ou d’origine familiale, ces principes ne sont pas reconnus. La tolérance, le fait du prince, montre ses limites puisqu’elle est utilisée pour faire accepter l’intolérable sous prétexte de « relativisme culturel ». – {{Culture et culturalisme}} Ainsi la culture est paradoxalement instrumentalisée pour empêcher le vivre ensemble. La confusion volontaire entre culture et tradition permet d’enfermer les membres des communautés. Le respect de la culture d’origine empêcherait tout échange avec l’autre, ce serait trahison. Si toutes les cultures sont irréductibles les unes aux autres, sur quelles valeurs fonder le vivre ensemble ? « Le culturalisme s’oppose à l’universalisme en ouvrant la porte au relativisme intégral. » (1) Alors que le métissage culturel est à la fois reconnaissance de ses appartenances et mouvement vers l’extérieur, les dérives du culturalisme réduisent l’individu à son groupe d’appartenance. Chaque personne appartient à plusieurs univers culturels et participe dans sa singularité de sujet à une communauté nationale, régie par un contrat social dans les pays de droit. Ce socle permet à chaque individu de multiplier ses identités parallèles et successives, en évitant les conflits psychiques et en privilégiant l’intérêt général sur les particularismes. L’interculturel ne peut pas se passer de l’adhésion à des valeurs communes ni faire l’économie du conflit. C’est à travers le débat que peut se dégager une cohérence, un accord sur une politique publique commune qui concilie universalité et individu particulier. L’interculturel est l’éducation à la solidarité et non enfermement dans des traditions archaïques. La culture individuelle, la construction personnelle de l’identité sur laquelle était fondée la modernité cèdent la place à la confusion entre nature et culture. La culture, se « décline au pluriel », se construit par enrichissement mutuel, par l’ouverture d’esprit et partage avec l’autre des connaissances de l’humanité, de la création artistique, des savoirs, des arts appliqués, de la cuisine. La critique du monde tel qu’il est devient affirmation de l’existence, « l’individu, s’emploie à chercher refuge dans des groupes restreints qui tels une niche vont lui apporter une sûreté que ne lui donne plus son identité ».(2) Il n’est plus capable de se construire lui-même. « Si l’individu est plus agi qu’acteur, plus soumis que maître, le « je pense » remplacé par « je suis pensé » qui semble bien convenir au développement de la mode, aux pratiques de mimétisme et autres formes de rituels ou d’attitudes « animales » régissant la vie en société » (3) alors l’être humain devient un objet, interchangeable à merci. L’image accentue « l’idéal, communautaire. Objet et image, leur développement conjoint doit être considéré comme les symptômes de la fin de l’individu. L’un et l’autre poussent à l’imitation, à la viscosité groupale. On peut rattacher à cet ordre organique tous les mouvements ethniques, la recrudescence des mouvements religieux et plus précisément charismatiques ou fanatiques, sans oublier des phénomènes comme le réveil de l’islam. Ce tribalisme et la religiosité ambiante qu’il impulse, son aspect groupai est essentiellement dû au partage d’objets-images de plusieurs ordres qui confortent le corps social.»(4). Elles rendent possible le terrorisme qui se caractérise par l’obéissance aveugle à des chefs, la servitude volontaire, le conditionnement de fidèles au mépris de la vie, la leur et celle des autres, amis ou ennemis. Et c’est ainsi que se propagent les idéologies idéalisant le bonheur dans l’au-delà, avec la mort comme moyen d’accéder au bonheur éternel, chaque dieu reconnaissant les siens. Michèle Vianès {Notes} : I Pascal Ory, la culture comme aventure, éditions complexes p.19 2 Michel Maffesoli, La transfiguration du politique la tribalisation du monde, Biblio essais, 1992, p.169 3 Michel Maffesoli, La transfiguration du politique la tribalisation du monde, Biblio essais, 1992p.166 41d p.168/169 ________________________________________________________ {{Nabile Farès Scène imaginaire et confusion de l’acte}} Je vais immédiatement préciser que je ne suis pas un «spécialiste»du terrorisme, c’est-à-dire que je ne suis pas tenu de produire une définition du terrorisme, ou une histoire du terrorisme. Je tiens à parler,d’un point de vue psychanalytique, d’actes, qui, au-delà de l’effroi, de la stupeur, inscrivent du meurtre, du crime dans et contre une population civile banale, dans des lieux que l’on dira familiers, ordinaires de la vie civile commune, symboliques de cette vie commune, lieux de travail, de loisirs, de passages, d’échanges… de cette vie civile ordinaire…. – Ces actes, à ce titre, sont des actes publics, effectués surce que l’on peut dire métaphoriquement et, ces mots sont extrême-ment importants car il désignent déjà le caractère profondément ima-ginaire et hypnotique de l’acte effectué sur : « la scène du monde »comme si le monde était une scène, une fiction, en laquelle viendrai-ent se transformer des personnes en actrices et acteurs d’un drame commencé bien avant leur entrée en scène, sur ce théâtre que serait le monde. Je me contenterai de parler ici que dece moment où une personne, femme, homme, jeune fille, jeune homme, se transforme en une autre, un autre, meurtrière, meurtrier, sur unescène commune, en un contexte commun, une scène publique que l’on peut dire singulière et collective, de même que l’acte est singulier etcollectif. C’est pourquoi il s’inscrit toujours dans des contextes etforces animés par des groupes, des associations, des institutions, pouvoirs politiques, militaires, civils, aujourd’hui, se disant « religieux », faisant de l’acte non pas simplement un meurtre, un crime, un assassinat – ce qu’il est dans son acte sur soi-même et les autres, incluant la possibilité, la certitude et l’incertitude d’une mort de soi et des autres – mais, plus terriblement, une façon d’accéder à cette scène d’un meurtre originaire de soi et de l’autre, comme si le meurtre mettait un terme à un trop plein, un excès et un manque d’histoire commune : trop plein extérieur, trop de vide, d’évidement interne. – Scène de l’acte permettant ce passage entre le rien de soi, ladégradation de soi et le tout imaginaire de l’autre ; cet autre qui déci-derait pour vous, à votre place et indiquerait ce que vous devez faire pour que l’histoire commune, les liens communs d’histoires, devien-nent le sanctuaire d’une loi sacrificielle qui exigerait ce sacrifice demort ; une loi de sang et non de vie, comme si nous n’étions pas encore parvenu à comprendre le geste suspendu d’Abraham d’un nonsacrifice, d’un renoncement au meurtre réel exécuté dans la confusion d’un rapport à la loi d’être et de coexistence : le don de la vie trans- formé en don, en un pouvoir, une délégation, une permission d’un donner la mort. C’est au moment de cette grande institution d’une loi qui faitle sacrifice du sacrifice (c’est pourquoi il n’existe pas, contrairement à ce qui se dit – se nomme encore – de sacrifice d’Abraham, ni de sacrifice d’Isaac) que se manifeste une grande fragilité psychique quirend possible la manipulation du sujet humain en le rendant actrice etacteur d’une loi de mort qui n’a pas encore fini avec ce deuil du meurtre, du crime, avec la mémoire et l’histoire traumatique du sacrifice des générations dans les générations. C’est pourquoi on assiste aujourd’hui à une ampleur tragique et extrême entre les générations de cette mise à mort de soi etde l’autre à partir de ce déni instantané de l’acte « meurtre », du meurtre et son recouvrement en acte «héroïque » pour autant que l’acte héroïque, réclamé, revendiqué, serait un dépassement, un franchissement de cette toute-puissance accordée à l’autre, que l’autre s’accorderait – imaginairement – à lui-même. Dans l’acte même de produire du meurtre existe sa négation, cette traversée imaginée, hallucinée, héroïque, reconnue, de la mort, conduisant à cette tragédie extrême qui emporte, anime, tue des ado- lescentes et adolescents prises et pris dans des formations et confu-sions d’idées et intentions qui sont des endoctrinements plaçant les sujets, enfants, adolescentes, adolescents, femmes, hommes, dans une hypnose et manifestation guerrière, spectaculairement propres à déve- lopper un imaginaire et une symbolique de l’acte meurtrier qui, à ce titre, fait basculer l’actrice, l’acteur, dans un ailleurs triomphant, une présence explosive, destructrice, pulvérisante de leur corps et acte, créant ainsi une équivalence meurtrière entre l’acte, l’actrice, l’acteur, le reste du monde, « sa scène de monde » devenue responsable et actrice, auteure de cet acte : l’autre étant alors « cause » de l’acte et meurtrier à son tour …- {{Acte terroriste et crime contre l’humanité}} De l’acte terroriste, en tant que scène réelle, ( attentats, corps déchiquetés, mutilés, morts) scène imaginaire et symbolique, la psychanalyse peut dire quelque chose en-deça et au-delà de l’émotion, l’indignation, la condamnation. Il est utile de rappeler pour l’analyse, la saisie, la dénomination de cet acte – comment nommer cet acte, puisque l’attentat dit terroriste produit de la terreur, de l’effroi en précipitant la mort, non pas métaphysiquement, en introduisant la mort, non pas théologiquement, mais en opérant une mise à mort, en tuant dans un lieu public, civil, parfois, aussi, policier, militaire – on dira, l’acte terroriste est tissé, pris de toutes sortes de langages, de langues, de mots : « un attentat a été commis contre la gendarmerie de…, le commissariat de… » mais, on dira… « commis dans la rue, dans un café, dans une synagogue, une mosquée, un temple, une école… » montrant ainsi que l’acte terroriste n’est pas un acte qui échappe au langage, à un langage de la réponse, de l’atteinte corporelle et de la destruction – il est donc utile de rappeler, devant la diversité symbolique de cet acte que l’acte terroriste de violence et de destruction de la culture et la vie relève d’un alliage persistant dans l’histoire des civilisations – et, aucune des civilisations n’est à l’abri de l’acte terroriste de mort et de destruction – de vengeance et de haine qui met cet acte au ban, à l’écart du pacte juridique de connaissance et de reconnaissance, l’inscrivant ainsi dans des formes extrêmes de l’atteinte de la vie, que sont le meurtre, le crime, l’assassinat, susceptibles de le transformer en des formes de la violence et croyance idéologique, (qu’elles soient théologiques, politiques, singulières, de groupes ou étatiques) le présentant alors comme actes de martyrs, de sacrifices, de jouissances que l’on pourrait dire extatiques et mystiques propres à faire oublier ou sanctifier ou, à l’extrême, récompenser la démesure de cet acte. En portant atteinte à la vie humaine, en détruisant, donnant la mort, l’acte terroriste n’échappe pas à ces trois désignations de « meurtre », « crime », « assassinat » ; en pensant et en croyant – à cette limite, la croyance serait un système de pensée dont on peut considérer de nombreuses fois le processus pour délirant – en pensant, en croyant que par la mort, le don de mort, la mise à mort, le monde va changer, va être puni, rédempteur, l’acte terroriste meurtrier s’inscrit dans une forme logique sacrificielle et, souvent, hélas, héroïque ; l’acte terroriste renverse les principes du rapport entre la vie et la mort, faisant de celle-ci un don et une dette payée à la mort de l’humain plutôt qu’à l’humanité de la vie. La multiplicité et l’amplitude géopolitiques, culturelles de l’acte terroriste témoignent d’un moment périlleux des conflits exacerbés des violences historiques, politiques, économiques, culturels d’aujourd’hui, pour autant que l’attentat terroriste s’inscrit de plus en plus dans l’histoire des générations, qu’il évolue dans l’endoctrinement de l’enfance à l’adolescence : il est devenu un acte, une arme idéologique matérialisée de guerre et, comme tel, relève aujourd’hui des catégories, procès et procédures qui concernent les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Scène singulière et collective, l’acte terroriste de mort est une atteinte radicale de la vie. Nabile Farès, écrivain et psychanalyste
Actualité : Pourquoi il faut soutenir Louis Michel
Les déclarations faites à Gaza par Louis Michel, Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, ont pu surprendre, voire laisser des commentateurs perplexes. Une certitude en tout cas pour les défenseurs conséquents des droits humains : il faut féliciter le Commissaire européen et soutenir sa position sur le Hamas. En quelques mots Louis Michel a su rappeler une vérité irréfutable, la nature terroriste du Hamas et exprimer l’attachement à des principes démocratiques. On aurait souhaité les entendre rappelés par la voix de la diplomatie française. Notre mouvement n’a nullement vocation à prendre parti dans le conflit du Proche-Orient. Il a par contre bel et bien vocation à condamner le terrorisme, quel qu’il soit, où qu’il frappe et quelle que soit l’identité de ses victimes. Ce qui implique de combattre le soutien moral, politique et bien sûr financier aux organisations terroristes. Dialoguer avec le Hamas serait légitimer le terrorisme et préparer de nouveaux conflits. Ce serait bafouer le droit à la justice des victimes du Hamas, dont certaines sont européennes, françaises en particulier. Ce serait un encouragement de fait à toutes les organisations terroristes, encouragement qui pourrait être lourd de conséquences. Quelle légitimité aurait alors un gouvernement européen à refuser de dialoguer avec des terroristes prétendant agir par exemple au nom de causes indépendantistes ? Cela pourrait même inciter d’autres groupes à basculer dans l’action terroriste puisque preuve serait faite qu’ un terrorisme meurtrier contre des civils paie très bien. Avec nos partenaires de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme, associations de victimes et associations citoyennes, avec Ingrid Betancourt, Françoise Rudetzki et Fodé Sylla,nous avons lancé la pétition internationale NON AU TERRORISME qui dit notamment : “Nous affirmons qu’attaquer des civils par des attentats, des prises d’otages et des assassinats ne peut en aucun cas constituer un acte de résistance ! ” Nous nous félicitons que Monsieur Louis Michel ait prononcé presque les mêmes paroles : “Quand on tue des civils innocents, ce n’est pas de la résistance, c’est du terrorisme.” {{Il existe un moyen simple pour les citoyens européens de soutenir la position claire de Louis Michel et de le conforter dans celle-ci en dépit des pressions qui ne manqueront pas de s’exercer : Signer massivement la pétition internationale NON AU TERRORISME. http://www.petitionnonaut.org }}
Tribune libre : Point de vue de Jean-Pierre Lledo
Jean-Pierre Lledo est un cinéaste algérien pour lequel l’expression consacrée “cinéaste engagé” n’est pas usurpée. Depuis “Algérie, histoires à ne pas dire”, nous sommes admiratifs de son talent et de son courage. Jean-Pierre Lledo a été partenaire artistique de la première Journée internationale Contre le Terrorisme le 11 septembre 2008. Il est également intervenu à la Conférence internationale du 23 novembre pour traiter du déni du terrorisme. Le texte que nous publions ci-dessous est sa réflexion sur Gaza au 15 janvier dernier. Notre mouvement n’a pas vocation à prendre parti dans le conflit du Proche-Orient ni à proposer des solutions politiques à ce dernier. Nous ignorons bien des choses sur la réalité des faits, la propagande du Hamas tenant souvent lieu d’information. Mais Gaza illustre assurément, tragiquement, une chose : si un mouvement massif, international, n’émerge pas pour contrer le soutien au terrorisme, on reste pris au piège du seul choix restant, soumission aux terroristes ou guerre aux terroristes, inévitablement meurtrière pour des civils. Jean-Pierre Lledo essaye de prendre du recul et développe, à partir de son expérience algérienne, un point de vue original, celui d’un humaniste, non-violent, fondamentalement opposé à l’usage des armes, en bousculant au passage quelques tabous. Son texte n’a pourtant été retenu par aucune des rédactions auxquelles il a été adressé. Pensant qu’il serait dommage que le public ne puisse le lire, nous le remercions de nous autoriser à le publier en tribune libre. Nous lui transmettrons les commentaires éventuels de nos lecteurs. HCM {{Qu’en ce début de l’AN Neuf du Siècle Nouveau…}}des hommes continuent à penser que la force des armes est le moyen le plus rapide pour changer une situation ou une pensée, dit suffisamment que notre humanité n’est pas encore sortie de sa préhistoire. Mais puisque, miracle, le vieux réflexe de compassion et de solidarité vis-à-vis de ceux qui souffrent, n’a pas encore disparu, je me demande comment faire pour être le plus utile, hormis dire que 1000 morts c’est mille raisons que la guerre ne doive pas continuer un jour de plus. Défiler dans la rue aux côtés des islamistes palestiniens et d’autres nationalités ? Non, je ne défilerai jamais avec ceux qui prônent une culture de la soumission et de la mort, et pratiquent le meurtre de leurs opposants, les islamistes de par le monde étant à peu près les seuls à faire ce qu’ils disent et à dire ce qu’ils font.Non, je ne défilerai jamais avec ceux qui ont soutenu les assassins de centaines d’intellectuels algériens dont mes amis l’écrivain Djaout, le dramaturge Alloula, le médecin Belkhenchir, le poète Sebti, le professeur Guenzet, etc… etc…, dont près de 100 journalistes, sans parler des autres, ces dizaines de milliers de simples citoyens algériens, qui eurent le tort de ne pas accepter l’ordre nouveau du « fascisme vert ». Pratiquer la surenchère des mots, pour compenser ma culpabilité d’être impuissant à sauver ces vies qui chaque jour disparaissent devant mes yeux de téléspectateur?Non, je ne m’associerai pas avec ces universitaires qui évoquent déjà Hitler, car alors {qui} aurait-on dû évoquer pour qualifier ce que firent les islamistes algériens tuant {avec de simples couteaux et haches, en une seule nuit, autant} qu’une des plus puissantes armées, dotées des armes les plus modernes, après 3 semaines de guerre… Comme ni « Hitler », ni « la boucherie » ne furent évoqués, alors qu’à l’époque c’eût été {vraiment approprié}, puisque des milliers de personnes furent égorgées, étêtées, éviscérées, défoetusées… comment dissimulerai-je d’abord que cette {sélectivité} me pose problème ?N’étant pas prêt à manifester avec n’importe qui, ou à crier n’importe quoi, peut-être puis-je exercer le seul pouvoir à ma disposition, celui d’utiliser ce qui m’a été donné de conserver jusqu’à présent, ma tête, en me demandant comment être utile à ceux qui souffrent d’une injustice historique, à partir de ma propre expérience, celle que je connais le mieux, l’expérience algérienne… Israel est un Etat-Nation qui s’est constitué par la violence. Mais quel Etat-Nation aujourd’hui existant y a fait exception ? Réponses à des injustices historiques, ces Etats ont suscité de nouvelles injustices. L’Algérie indépendante, par exemple, s’est constituée sur le massacre de dizaines de milliers de musulmans considérés comme des traitres, les messalistes, d’abord, les harkis ensuite, et sur le départ forcé d’un dixième de la population : un million de {non-musulmans}, d’origine juive et chrétienne, situation que le nouveau pouvoir s’empressa d’entériner en adoptant un Code de la nationalité décrétant que {seuls} {les citoyens musulmans} étaient automatiquement Algériens…Serait-il donc impossible de remédier aux injustices historiques, sans en générer de nouvelles ? L’expérience sud-africaine, permet heureusement une lueur d’optimisme.Les Palestiniens ont droit à un Etat-Nation viable, qui ne soit pas bantoustanisée. Mais y arriveront-ils avec des kamikazes ? Avec des armes dirigées essentiellement contre des civils ? Au nom de dieu ? Avec une armée d’enfants-soldats ? Avec la haine anti-juive pour seule « pensée » ? Au nom de cette idéologie fasciste qu’est l’islamisme qui n’offre comme horizon qu’un système sans liberté, infiniment pire que le monde injuste qu’il est censé remettre en cause ? Si tel était le cas, alors il faudrait souffrir doublement pour les Palestiniens, pour leurs malheurs d’aujourd’hui et pour ceux qui les attendent.L’expérience algérienne a bien montré qu’une « cause juste » pouvait très vite devenir « injuste » dès lors qu’elle recourait à un terrorisme contre les civils, fondé sur une pensée ethno-religieuse (dite « arabo-musulmane »), le nationalisme… Elle a montré aussi que du nationalisme qui fait partir un million de non-musulmans, en 62, à l’islamisme, une fois l’indépendance acquise, qui en chasse un autre million, cette fois des “musulmans”, il n’y a qu’un pas…L’expérience de notre FLN, qui se constitue dès 1954, en forçant tous les autres partis et mouvements, à disparaitre, ne nous enseigne-t-elle pas également que la contestation militarisée, loin d’être « la seule voie possible », comme certains ne cessent de le ressasser, est d’abord l’expression d’un mouvement autoritaire, qui se refuse à la démocratie, ou qui en est incapable, soit par tribalisme, soit par nationalisme, soit par islamisme, idéologies et mentalités où la contradiction se gère par l’élimination physique des contradicteurs….J’en suis donc arrivé à la conviction, que la seule forme de contestation qui peut préparer des lendemains qui ne déchantent pas, est la contestation pacifique. Celle qui fait appel à la raison politique et non à l’irrationnel religieux. Celle qui refuse de diaboliser l’Autre et tisse des liens avec lui. Celle qui lutte autant contre l’oppression extérieure, que contre l’oppression intérieure, encore plus aliénante. Les révolutionnaires ont longtemps pensé qu’il fallait d’abord détruire l’obstacle principal, et qu’après on verrait. Eh, bien on a vu ! Peut-on préparer un avenir pacifique, et démocratique, avec des soldats et des « chefs historiques », avec une pensée fondée sur l’exclusion raciale ou religieuse, ou encore avec cette haine immémoriale anti-juive, dont tous ceux qui on vécu ou vivent dans des pays musulmans aujourd’hui, connaissent les formes “banales”… N’est-ce pas notre Ministre de la culture qui peut dire tranquillement à la presse, qu’elle travaille à la « déjudaïsation » de la musique andalouse, patrimoine pourtant inextricablement judéo-arabe !!! De l’Algérie au Pakistan, le monde musulman, pourtant décolonisé depuis des décennies, d’où émane l’essentiel de la violence contemporaine, aura fort à faire pour assumer son passage à la démocratie. Les femmes, les laïques, les démocrates, les minorités religieuses, les intellectuels, et les artistes, y sont persécutés, lapidés, assassinés, et n’ont d’autre alternative pour penser librement et ne pas disparaitre prématurément, que de s’exiler quand ils le peuvent. Les religieux et les militaires ne cèderont pas facilement leur pouvoir.L’Europe occidentale est arrivée à la modernité politique, à la rationalité, et la démocratie, et à une certaine paix, après plusieurs siècles de lutte contre le pouvoir totalitaire de la religion, et de ses dignitaires, et je ne vois pas comment le monde musulman pourrait éviter ce passage obligé. Comme chaque peuple de cette sphère civilisationnelle, les Palestiniens ont donc du pain sur la planche, ayant quant à eux à assumer le lourd passif de la longue tradition d’exclusion, qui va de l’allégeance à Hitler du Grand Muphti de Jérusalem (de la principale tribu des Husseini), jusqu’à l’orientation des organisations de résistance nationaliste depuis Choukeïri, laquelle, jamais complètement récusée, peut aussi expliquer sa résurgence violente aujourd’hui avec le Hamas. Si l’expérience algérienne peut servir aux Palestiniens, le parcours de « notre » Mohammédi Saïd pourrait les édifier : soldat de l’Armée d’Hitler, il devint 10 ans plus tard, officier de l’ALN, ordonnant les massacres à l’arme blanche de milliers d’Algériens ayant refusé de se soumettre au FLN, puis deux années plus tard, membre de l’Etat Major de l’ALN aux cotés de Boumedienne, puis 3eme homme de l’Etat après l’indépendance, puis enfin en 1991, député islamiste du FIS, élu au 1er tour !N’ayant d’autre contre-exemple en tête, que celui de l’ANC de Mandela, je me dis que, oui, la contestation ne peut mériter son label de « juste » et de « légitime » que si elle fait le deuil de l’arsenal fantasmatique du nationalisme et de l’islamisme, que si elle se fonde sur la rationalité et le pluralisme politique, en respectant le droit à la vie et à l’expression de toutes les « sensibilités ».Des Palestiniens ont entamé ce travail, qui leur permettra un jour de construire enfin la force politique capable d’exprimer et de mener à terme {pacifiquement} leurs justes aspirations à vivre dans un Etat viable.Dans l’immédiat, les gouvernants actuels d’Israël ayant opté pour la meilleure stratégie qui renforce l’islamisme, la guerre, et les civils palestiniens en étant les principales victimes, j’espère que les diplomaties l’arrêteront le plus vite possible.Dans tous les cas, les démocrates qui en Europe bénéficient de la liberté de parole, ne devraient jamais jouer avec le feu, même si, pour l’instant, il brûle ailleurs… Jean-Pierre Lledo, cinéaste algérien. Paris, le 15 Janvier 2009

