Avant le 17, le 16 octobre – suite

Après avoir salué et soutenu aujourd’hui l’appel de l’Association des Maires de France à un sursaut citoyen et républicain, en solidarité avec la Mairie de Limoges et celle de Marseille, nous continuons à rendre compte de l’hommage que nous avons organisé le vendredi 16 octobre au Square Samuel Paty.

La participation de nos partenaires féministes universalistes est déterminante.

MICHELE VIANES, PRÉSIDENTE DE REGARDS DE FEMMES

Chaque année, le 16 octobre est un jour de mémoire et de recueillement. Et nous nous rassemblons au square Samuel Paty, lors de la commémoration organisée par le Mouvement pour la Paix et Contre le Terrorisme.

Nous y sommes pour ne pas oublier Samuel Paty, assassiné par un terroriste islamiste le 16 octobre 2020 pour avoir appris à ses élèves à penser librement et à exercer leur esprit critique. Et pour ne pas oublier Dominique Bernard, tué trois ans plus tard, le 13 octobre 2023, par un autre terroriste islamiste, parce qu’il incarnait, lui aussi, l’école de la République.

Aujourd’hui, nous voyons à quel point notre espace public est traversé par des tensions vives, de la violence, parfois des dégradations dans nos universités et nos lycées. Dans ce contexte troublé, rendre hommage à nos enseignants n’est pas un exercice formel : c’est un rappel d’urgence républicaine.

Mais de quelle liberté parlons-nous ? La liberté n’est pas le droit de faire tout ce que l’on veut, ni d’imposer son dogme aux autres. Définir la liberté, c’est rappeler qu’en République, la liberté fondamentale, c’est la liberté de conscience : la liberté de croire, de ne pas croire, ou de changer de religion. Et son corollaire indissociable, c’est la liberté d’expression, garantie et encadrée par la loi commune, et non par la règle religieuse.

Ces assassinats ne sont pas des faits divers isolés, mais des attaques ciblées contre ces libertés. Or, l’école n’a pas à s’adapter aux dogmes ni à céder devant les intimidations. Elle est là pour former des citoyennes et des citoyens libres, pas pour ménager des croyances.

Depuis trop longtemps, les idéologies obscurantistes cherchent à isoler et à assigner les individus, et tout particulièrement les jeunes filles, pour les soumettre et les séparer du commun républicain. On cherche à leur faire peur pour qu’elles renoncent à leur autonomie. Or, la République n’exclut pas : elle libère. C’est précisément cette autonomie de pensée que l’école laïque transmet chaque jour.

C’est cette solitude de l’enseignant et cet engrenage dévastateur que retrace le film L’Abandon de Vincent Garenq.

Son titre est une alerte. Le film montre la mécanique terrible des réseaux sociaux, des pressions, mais aussi la solitude d’un professeur face aux accommodements déraisonnables et à la peur d’aborder les sujets qui fâchent.

L’Abandon nous rappelle que dès que la société renonce à définir et à défendre fermement la laïcité, c’est l’autorité de l’école tout entière qu’on laisse s’effondrer.

Alors, que signifie être fidèle à Samuel Paty et à Dominique Bernard ? C’est refuser l’autocensure et la peur. C’est affirmer haut et fort que le droit au blasphème, c’est-à-dire le droit de critiquer, de caricaturer ou de moquer toutes les idées et toutes les religions, est consubstantiel à la démocratie. Une religion est une opinion, elle n’est pas sacrée : ce qui est sacré, c’est la liberté de conscience de chaque individu.

Aujourd’hui, il est temps de choisir entre l’émancipation et le repli, entre la République et la soumission.

Transmettre cette liberté éclairée à tous les élèves -et surtout à toutes les filles – c’est refuser de se taire.

Pour Samuel Paty, pour Dominique Bernard : ni oubli, ni pardon.


ANNIE SUGIER, PRÉSIDENTE DE LA LIGUE DU DROIT INTERNATIONAL DES FEMMES

Nous sommes de nouveau réunies ici pour rendre hommage à la mémoire de Samuel Paty.

Posons-nous la question : sommes-nous fidèles à ce qu’était Samuel Paty et qui l’a conduit à une mort atroce ?

Lorsque l’on perd un être cher on éprouve le besoin de se réunir, de se conforter ensemble et de penser à la personne disparue.

Mais lui, Samuel Paty, est mort assassiné par un homme porté par une idéologie qui à travers le monde répand une certaine vision de la société.

Combattre cette vision, c’est sans doute le meilleur hommage que nous puissions rendre à Samuel Paty.
Nommons-la cette idéologie !
Il s’agit de l’islamisme.

Au cœur de l’islamisme il y a l’apartheid entre les femmes et les hommes, comme l’imposent les théocraties en Iran et en Afghanistan.

Quoi de plus beau que le slogan Femmes Vie Liberté ?
La Ligue du Droit International des Femmes est fidèle à la mémoire de Samuel Paty, mais aussi à celles de Dominique Bernard et de Mahsa Jina Amini en faisant du combat contre cette idéologie sa priorité.
Nous voulons que l’apartheid fondé sur le sexe soit reconnu comme un crime contre l’humanité dans les conventions internationales des Nations Unies.

On écouta ensuite Floriane Gouget

référente étudiants pour l’antenne IDF du Printemps Républicain, toujours en première ligne pour défendre la liberté d’expression et la laïcité.

Carol Mann, Présidente de l’association FemAid,

souligna que les premières des résistantes à l’islamisme sont les jeunes Afghanes qui persistent à vouloir accéder à l’enseignement que les talibans leur interdisent.

Soutenir les classes clandestines de ces jeunes filles est pour nous un devoir.

Annick Henriot pour EGALE

et Arlette Zilberg pour Les Citadelles

ont clôturé les interventions des associations féministes.

Le Lycée Lucas de Nehou dont les élèves avaient réalisé l’an denier de si belles créations en soutien à la laïcité, était représenté par un professeur, Rémi Panchuquet, accompagné de deux étudiantes.

Après la prise de parole pleine de fougue de Stéphane Encel, enseignant et président de la Commission Histoire, Mémoire et Droits
de l’Homme de la LICRA

Samuel Mayol pour le Comité Laïcité République

et Guylain Chevrier pour Vigilance Travail Social

firent des interventions sans concession. Le second évoqua le tee shirt portant le nom de Mohamed Merah arboré par un participant au mouvement lycéen – Merah, l’assassin d’enfants juifs !

Henryk Paszt

pour les Amis de Simon Wiesenthal et Jean-Charles Goldberg pour Dhimmi Watch

ont été les derniers intervenants à cet hommage.

On pourra retrouver bientôt l’ensemble de ces interventions, toutes importantes, sur la chaîne you tube du MPCT.

Nous remercions chaleureusement toutes les personnes et toutes les associations présentes.

D’évidence, il nous faut encore renforcer nos liens, nous rassembler sur ce qui nous unit.

CONCLUSION DE LISE HADDAD, PHILOSOPHE ET RESPONSABLE CULTURE DU MPCT

( absente pour raison de santé) lue par Françoise Morvan

Samuel Paty Dominique Bernard

Qu’est-ce qu’un enseignement réussi ?

Un enseignement réussi consiste à émanciper les élèves, à ouvrir leur regard, à leur enseigner, en s’appuyant sur l’histoire des idées, en s’appuyant sur des références précises : textes, monuments, objets, dessins, caricatures, comment déchiffrer la réalité.

Il s’agit d’expliquer comment, progressivement,les individus ont appris à interpréter le monde, faire la différence entre la connaissance et la croyance, à traiter de façon différente les sciences de la nature, les sciences de la culture ou sciences humaines, et toutes les considérations métaphysiques.

Samuel Paty a incarné par son enseignement cette volonté de former ses élèves à une lecture critique du monde et à une forme d’émancipation.

Samuel Paty en histoire et en instruction civique, Dominique Bernard en littérature et en français ont essayé de donner à leurs élèves les instruments pour comprendre le monde et pour pouvoir prendre ensuite leurs décisions d’adulte, en conscience.

Tout est mis en perspective tout est resitué dans des contextes culturels et c’est l’objet de l’apprentissage des sciences humaines.

Le contraire de ce travail d’émancipation, c’est le terrorisme islamiste qui a assassiné ces deux professeurs.

Ce terrorisme aveugle tue au nom de vérités dites incontestables, indiscutables, imposées par la violence et par le meurtre. C’est ce dont il faut savoir protéger notre enseignement, nos professeurs et nos élèves.

Pour cela il faut non seulement les protéger physiquement mais renforcer la vigilance des institutions, ne pas confondre la liberté d’expression avec l’offense aux personnes quand il s’agit de critiques de théories ou de religions

L’attribution récente du prix Nobel de la paix, à Navi Pillay , par exemple qui considérait les caricatures comme des « provocations et des actes de malveillance » ne constitue pas un bon signal.

L’autocensure de certains professeurs quand il s’agit de parler de la liberté d’expression ou de certaines périodes d’historiques, telles que l’affaire Dreyfus ou la Shoah témoigne de la situation de fragilité dans laquelle se trouvent à présent les professeurs.