AVANT LE 17, LE 16 OCTOBRE

Vendredi 16 octobre, Paris et la France n’avaient pas encore subi les assauts contre la République et ses symboles, contre la démocratie, contre sa population, ses commerces qui devaient être lancés le lendemain, confisquant l’expression de revendications légitimes.

Six ans après l’assassinat de Samuel Paty, nous nous rassemblions pour lui rendre hommage, ainsi qu’à Dominique Bernard, au Square Samuel Paty, un rendez-vous de la mémoire et de l’engagement.


Rien de ce qui s’y est dit n’a perdu de son sens le lendemain face au déchaînement de violence, bien au contraire !

Françoise Morvan, Maîtresse de cérémonie,

donna successivement la parole aux associations partenaires et à des personnalités, au cours d’un événement ponctué par des extraits de textes de Mickaëlle Paty et d’Albert Camus, lus par Anna Avrane.

Le dépôt des gerbes était accompagné par l’émouvante musique de « Por Ellos », hymne international aux victimes du terrorisme.

L’universitaire Iris Farkhondeh nous a fait pleurer par son adresse à Samuel Paty,

la Proviseure Mahi Traore nous a fait vibrer par sa défense passionnée de l’école de la République

et plusieurs interventions ont été impressionnantes de force et de lucidité.

Nous remercions les enseignants, cheffes d’établissement et étudiantes qui par leur présence donnaient tout son sens à cet hommage.

Nous commençons à publier des interventions, en remerciant celles, ceux qui les ont déjà communiqués.


INTRODUCTION PAR BÉATRICE SZWEC, PRÉSIDENTE DU MPCT

Samuel Paty et Dominique Bernard ne sont pas seulement victimes d’un crime. Ils sont morts parce qu’ils étaient professeurs. Et aussi parce que l’École représente précisément ce que l’islamisme cherche à combattre : la liberté de penser, la formation de l’esprit critique et l’émancipation. Notre mouvement le MPCT que j’ai l’honneur de présider lutte pour la défense des droits humains universels et reste pionnier dans la résistance au terrorisme et l’entrisme islamiste dans notre société.

Ce combat est difficile, il se heurte à bien des obstacles.
Le fait que le Prix Nobel de la PAIX vienne d’être attribué à Navi Pillay en est une illustration.
Elle avait, entre autres, condamné la publication des caricatures de Mahomet comme des provocations inacceptables et ceci APRÈS le premier attentat contre Charlie hebdo.
Ce Prix Nobel est un symbole terrible pour la défense de la liberté d’expression et pour les profs qui veulent continuer à l’enseigner.
Notre engagement commun n’en est que plus nécessaire.

TEXTE D’ALAIN SEKSIG, LU PAR IANNIS RODER, RESPECTIVEMENT SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ET SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT DU CONSEIL DES SAGES DE LA LAÏCITÉ

Six ans déjà, que cela passe vite six ans ! Il est des dates qu’on ne peut oublier et chacun ici se souvient de l’état de sidération dans lequel l’a plongé la nouvelle foudroyante du 16 octobre 2020, l’assassinat, par décapitation, d’un professeur dont on ne prononçait pas encore le nom, tout près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine.

« Il est des événements qui marquent une vie au fer rouge » écrira plus tard Mickaëlle Paty, la sœur de Samuel. C’est la première phrase du livre qu’elle a écrit avec Emilie Frêche : « Le cours de Monsieur Paty ».

Avec l’assassinat de Samuel Paty, puis, trois ans plus tard, celui de Dominique Bernard, c’est la République elle-même et son école qui ont été cruellement frappées au cœur. C’est que toutes deux sont de longue date des cibles privilégiées de l’islamisme. C’est ce qu’expliquait le 13 octobre 2020 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le professeur des universités Bernard Rougier, l’un de nos plus fins analystes du danger islamiste, devant les représentants de toutes les académies.
En appui de son propos, il citait des extraits du magazine en langue française de Daech : Dar al islam (n° 7, décembre 2015). En voici quelques lignes :
« Le musulman doit savoir que le système éducatif français s’est construit contre la religion en général et que l’Islam en tant que seule religion de vérité ne peut cohabiter avec cette laïcité fanatique. »
L’opposition est totale parce que :
– La laïcité est la séparation de la religion et des affaires de l’Etat. Le musulman, lui, sait qu’Allah est le seul législateur ;

– Les mécréants et les musulmans ne sont pas égaux ;

– Les hommes et les femmes ne sont pas égaux ;

– Le prosélytisme est une obligation pour chaque musulman. »
Et cela continue ainsi sur plusieurs pages.

Tous ceux qui étaient présents à cette réunion du 13 octobre 2020 en Sorbonne ne sont pas près d’oublier les propos que leur avait tenus le professeur Rougier. La terrible preuve de leur incontestable pertinence devait rapidement éclater sous leurs yeux, à peine trois jours plus tard, le 16 octobre 2020, voici six ans déjà.

Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à Samuel Paty et Dominique Bernard, sauvagement assassinés parce qu’ils enseignaient, est précisément de faire rempart au découragement, à la peur et au renoncement, qui ne doivent pas gagner nos salles de classe. C’est de résister aux tentatives d’intimidation et de nous montrer collectivement plus forts que la volonté d’imposer la peur.

A fortiori, à l’heure ou un antisémitisme d’atmosphère qu’on pensait depuis longtemps réservé aux seuls livres et documentaires historiques, sévit à nouveau aujourd’hui, de manière sans doute minoritaire mais décomplexée, dans nos établissements scolaires mêmes.

A l’heure aussi ou des professeurs même, appuyés par des mouvements d’extrême-gauche et s’affranchissant de tout devoir de réserve, remettent en cause l’interdiction de l’abaya et la loi du 15 mars 2004 d’interdiction « des signes et tenues par lesquels les élèves manifestent de façon ostensiblement une appartenance religieuse ».

Entre phénomène d’autocensure des enseignants, fracture générationnelle et réponses institutionnelles variant au rythme des changements de ministre, nous voyons bien que nous devons amplifier nos efforts collectifs, notamment pour la formation des agents publics de l’éducation nationale.

A l’expérience, six ans après l’assassinat de Samuel Paty, trois ans après celui de Dominique Bernard, nous avons certes fait beaucoup pour sortir du déni, regarder les problèmes en face et les traiter, ne plus mettre la poussière sous le tapis comme disait Jean-Michel Blanquer. Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment pour la formation des professeurs et de l’ensemble des personnels de l’Education Nationale.

C’est en confiance, en cohérence et en cohésion que l’action de l’école doit s’exercer, celle, individuelle et collective des professeurs et de l’ensemble des personnels.

Confiance, cohérence et cohésion, à la condition, il est vrai, qu’au plus haut niveau de l’institution et de l’Etat, la même impulsion soit donnée. Il faut, pour redonner courage aux enseignants et confiance dans les valeurs qu’ils incarnent, faire montre d’une ambition politique sans précédent sur le sujet. Les professeurs et l’ensemble des personnels de l’Education Nationale doivent pouvoir s’adosser à l’Ecole de la République, sentir cette confiance pour l’insuffler à leur tour. Le ministre Edouard Geffray avec lequel nous en avons souvent parlé en est conscient.

C’est à la nation tout entière de se tenir derrière ses professeurs, qui sont en première ligne, qui forment nos futurs concitoyens et sur qui reposent tous les espoirs pour notre jeunesse.
Faisons donc de la laïcité à l’école une Grande Cause nationale de la République, comme l’appelle notamment de ses vœux notre amie Delphine Girard.
La tâche est loin d’être achevée, poursuivons-la, chacun, à notre place.

L’HOMMAGE À SAMUEL PATY ET DOMINIQUE BERNARD DE MARIE-MYRIAM BOUTILLIER AU NOM DU COLLECTIF VIGILANCE COLLÈGES LYCÉES


Mesdames, Messieurs,
Je prends aujourd’hui la parole au nom du Collectif Vigilance Collèges Lycées.
Nous sommes ici pour Samuel Paty et Dominique Bernard.
Deux professeurs. Deux hommes assassinés à trois ans d’intervalle parce que l’École, ses professeurs et ce qu’ils représentent ont été désignés comme des cibles.

Et si notre collectif tient particulièrement à leur rendre hommage aujourd’hui, c’est parce que leurs noms disent désormais quelque chose de très profond à tous ceux qui enseignent.
Samuel Paty et Dominique Bernard étaient des nôtres.
Des professeurs qui entraient dans leur établissement pour trans-mettre, expliquer, faire réfléchir, ouvrir leurs élèves à la connaissance et au monde.
Et c’est précisément cela qui nous bouleverse encore aujourd’hui.

Depuis Samuel Paty, depuis Dominique Bernard, nous savons que défendre la liberté d’enseigner, la laïcité et l’esprit critique ne va plus nécessairement de soi.
Nous savons aussi que l’École peut être contestée précisément par-ce qu’elle émancipe : parce qu’elle apprend à un élève qu’il est libre de penser par lui-même, qu’aucune appartenance ne peut lui interdire un savoir, une œuvre, une idée.
C’est là que commence l’engagement de notre collectif.

Vigilance Collège Lycée est né d’un refus : celui de considérer comme normales des situations qui ne doivent jamais le devenir.
Nous refusons de nous habituer lorsqu’un professeur hésite à aborder un sujet pourtant inscrit au programme.
Nous refusons de nous habituer lorsqu’un enseignant est sommé de justifier un cours parce qu’il heurte une conviction religieuse.
Nous refusons de nous habituer à cette petite phrase que l’on en-tend parfois dans les salles des professeurs :« Je préfère éviter les problèmes. »
Parce que chaque fois qu’un professeur renonce à enseigner quel-que chose qu’il a pourtant le droit et le devoir d’enseigner, l’École recule un peu.
Et les noms de Samuel Paty et de Dominique Bernard nous interdisent précisément de trouver ce recul banal.

Notre collectif existe pour observer, alerter, témoigner, soutenir. Pour nommer les atteintes à la laïcité lorsqu’elles existent. Pour dé-fendre la liberté pédagogique et la transmission des savoirs. Et sur-tout pour que les enseignants confrontés aux pressions, aux intimi-dations ou aux menaces sachent qu’ils ne sont pas seuls.

Nous ne voulons pas faire de Samuel Paty et Dominique Bernard deux figures lointaines, figées dans les hommages et les cérémonies.
Nous voulons garder vivant ce qu’ils représentaient comme pro-fesseurs.
Le droit d’enseigner.
Le droit d’expliquer.
Le droit de transmettre.
Le droit de faire réfléchir.
Sans avoir peur.

C’est pourquoi notre vigilance n’est ni une posture ni un slogan.
Elle est, pour nous, une fidélité.
Une fidélité à notre métier.
Une fidélité à l’École laïque.
Et aujourd’hui, tout particulièrement, une fidélité à Samuel Paty et Dominique Bernard.