Il y a 12 ans l’enlèvement des lycéennes de Chibok

Dans la nuit du 14 au 15 avril, à Chibok, dans l’état de Borno 276 lycéennes nigérianes, majoritairement chrétiennes, étaient kidnappées par les terroristes islamistes de Boko Haram.

Ce nom résume leur programme : interdire au nom de l’Islam le livre (Boko, dérivé de book en anglais), symbole de l’instruction.

Talibans en terre d’Afrique, ils entendent tout spécialement empêcher les filles d’étudier.

Ce ne fut ni le premier ni le dernier enlèvement de masse commis par Boko Haram mais ce fut de loin le plus médiatisé.

Parce que les mères, les familles se mobilisèrent avec une détermination extraordinaire, qu’elles surent obtenir soutiens et relais, la campagne Bring Back Our Girls, trouva un écho dans le monde entier. On se souvient des personnalités et célébrités qui s’y engagèrent.

En France, dans le cadre du Collectif Contre le Terrorisme, avec Boualem Sansal, nous lancions dès le 17 avril un appel à leur libération.

Sollicité, Boualem Sansal répondit aussitôt : « Je signe des deux mains, je ne sais que trop le sort qui les attend »
Il avait la triste expérience des crimes commis par les islamistes contre les lycéennes algériennes.

Au fil du temps, certaines filles de Chibok réussirent à s’échapper, d’autres furent libérées par des interventions militaires, d’autres encore ont été échangées contre des terroristes.

Des innocentes contre des criminels, c’est l’ignoble marché imposé par la prise d’otages. On l’a vu à l’œuvre après le 7 octobre : Hamas, Boko Haram, même combat, mêmes crimes contre l’humanité.

Plusieurs jeunes filles sont revenues avec leurs enfants, nés de viols, « mariages » forcés.
Leur réinsertion n’a pas toujours été facile.
Rares sont celles qui ont pu reprendre leurs études si brutalement interrompues.

Les otages ont connu l’esclavage, la conversion forcée, la prostitution.
On sait que certaines ont été envoyées se faire exploser pour commettre des attentats, aliénation ultime.

Beaucoup de parents n’ont pas survécu au calvaire de l’attente.

Le mouvement Bring Back Our Girls est passé de mode.

12 ans plus tard, oubliées du monde, abandonnées par leurs propres autorités, 89 des lycéennes de Chibok ne sont pas revenues.

Les massacres et enlèvements de Chrétiens se succèdent au Nigeria, dans une scandaleuse indifférence, ignorés des médias comme des chancelleries.

Le silence du Pape, en tournée en Afrique, serait insupportable.

H Chomski Magnis