Iran : le journaliste, le chercheur et le diplomate

 

C’était une matinale de fin juillet, sur une radio de service public. Le sujet phare était l’Iran, dans le contexte des tensions internationales que l’on sait.  Deux spécialistes avaient  été invités pour le traiter et répondre aux questions des auditeurs : un chercheur et un diplomate, ancien ambassadeur de France à Téhéran.

Il s’avère que le chercheur cherche à l’IRIS, fondé par le célèbre Pascal  Boniface et qu’il  cherche d’abord à défendre le régime islamique de Téhéran.

Quant à l’ex-Excellence il a présidé en 2009, en pleine répression sanglante des manifestations en Iran,  au lancement  d’une providentielle « Association d’amitié France Iran » chargée de remonter les actions du régime. Bref, ces deux là se complètent à merveille. Pour le débat, la diversité de points de vue, on repassera.

Le journaliste qui présente l’émission n’est probablement pas responsable du choix des invités. Au demeurant il fait preuve de pas mal d’objectivité. Il a la sagesse de précéder les expressions « modérés du régime » et « durs du régime » de la formule « entre-guillemets. » Prudence dont ne s’embarrassent pas ses invités : foin de guillemets, à Téhéran, qu’on se le dise, sont au pouvoir des modérés, des vrais. Du reste les durs ne sont pas si durs que cela non plus.

Quel est le mode d’emploi pour traiter avec l’Iran, demande le journaliste ?

 La réponse fuse : le respect.

C’est beau et respectable. Décrypté ça l’est nettement moins. Cela signifie en vérité abandonner le peuple iranien à la répression d’un régime qui arrête, torture, exécute à tour de bras. Cela signifie ignorer la résistance des Iraniennes à l’obligation du port du voile islamique, une résistance tenace devenue virale, menée avec grâce et courage en dépit des arrestations. Mollah étant maître chez lui,  ces sujets n’intéressent ni le chercheur ni le diplomate.

Le postulat est bien sûr  la nécessité de sauver l’accord sur le nucléaire iranien. En rétablissant les sanctions, les Etats-Unis ont violé le droit international.

Sur ce point, comme sur la validité du dit accord, mieux vaut laisser se prononcer des spécialistes du droit international.

En revanche, le simple bon sens relève l’incongruité d’invoquer  le droit international tout en acceptant que la République Islamique d’Iran  bafoue toutes les valeurs universelles, foule aux pieds la Déclaration Universelle des Droits humains, à commencer par la liberté de conscience.

Au nom de la sharia, l’accusation de blasphème et d’inimitié envers Dieu sont passibles de mort.

Celle d’adultère de lapidation.

Dans une ONU fidèle aux espoirs de 1948, l’exclusion des régimes concernés ( l’Iran n’est hélas pas le seul !) aurait du être automatique.

Dans l’ONU du 21 ème siècle, ces pays mènent au contraire la danse macabre dans différentes instances, on le constate vote aberrant après vote aberrant, la France, comme d’autres démocraties, leur emboîtant hélas  piteusement le pas.

Revenons à notre émission radiophonique.

Le journaliste  a eu l’audace de rappeler que le régime de Téhéran veut détruire un pays, Israël.

Faux, s’insurge le chercheur. On a mal interprété, on a médit, calomnié. La révolution islamique défend certes  la cause palestinienne mais n’a rien contre les Juifs. La preuve : les plus hautes autorités souhaitent la nouvelle année aux Juifs d’Iran.

La force Qods, les envois massifs d’armement au Hezbollah, le financement du Hezbollah, du Djihad Islamique et du Hamas, l’importante  présence des Pasdarans  en Syrie, presque aux portes d’Israël ?

Des vétilles, du folklore.

Tel n’est pas vraiment l’avis du peuple iranien. Bien avant le rétablissement des sanctions américaines, grèves et manifestations se multipliaient en Iran, précisément parce que l’allègement  n’avait pas bénéficié à la population.

On a entendu dans la rue des slogans comme « Oubliez Gaza et le Hezbollah, donnez-nous à manger ! »

Aujourd’hui que les effets des sanctions se font durement sentir sur l’économie iranienne, il suffirait  de couper les fonds destinées à ses alliés pour que la population iranienne ne subisse pas les effets   de la crise.

Mais cela, le régime islamique ne le veut à aucun prix, le financement du terrorisme lui étant consubstantiel.

Il faut pourtant, pour le tandem invité, voir en l’Iran un « pays comme un autre. »  

Le problème c’est que l’Iran du Guide suprême  ne se comporte pas en pays comme un autre.

Même  sa conception de la diplomatie est en rupture totale avec les us et coutumes : des diplomates américains pris en otages à Téhéran aux attentats en Argentine, le palmarès est remarquable et ce passé n’a jamais été soldé.

Quant au présent, il suffit de se reporter au site de l’Ambassade de la République Islamique d’Iran pour voir la différence.

On y trouve en bonne place « la Lettre du Guide Suprême à tous les jeunes citoyens des pays occidentaux. »

Aucune autre ambassade ne se permet de s’adresser à la jeunesse par dessus les états. Concentré de propagande islamiste et antisioniste, elle a été rédigée après les terribles attentats de 2015.

L’Iran, comme d’autres dictatures, entend en effet être adoubé comme partenaire de la lutte contre le terrorisme.

Les compromissions, dont le discours de notre  tandem chercheur-diplomate est emblématique, pourraient lui permettre d’y parvenir.

On ne peut laisser cette imposture triompher !

La lutte contre le terrorisme est universelle ou elle n’est pas.

Huguette Chomski Magnis

28 juillet 2019