Trois soldats kidnappés

{{Un article d’Huguette Chomski Magnis}} {{Fin juillet Nicole Guedj, avait reçu, à la demande du Président de la République les familles de Gilad Shalit, Oudi Goldwasser et Eldad Regev, soldats israéliens kidnappés par le Hamas et par le Hezbollah.Elle leur avait fait part de la “solidarité de la France dans cette épreuve ainsi que des efforts actuellement déployés pour obtenir la libération des soldats sans délai”.}}- Depuis lors, rien n’a bougé : les soldats kidnappés n’ont jamais reçu la visite du moindre émissaire d’une agence humanitaire et leurs parents n’ont même pas la certitude qu’ils soient toujours en vie. Leur calvaire est le même que celui de toutes les familles d’otages comme de toutes les familles dont un membre a été enlevé pour des motifs crapuleux : un être cher, un adulte ou, plus monstrueux encore, un enfant, est à la merci d’un ravisseur qui peut le torturer sadiquement et le tuer. Les familles veulent, doivent garder espoir. Les proches des otages redoutent par dessus tout de voir leurs proches abandonnés par dirigeants et opinion. Le souci de témoigner leur solidarité aux familles des trois soldats en rappelant l’exigence de leur libération a décidé de nombreuses organisations juives européennes à organiser ce mercredi une manifestation devant le siège de l’Union Européenne à Bruxelles. {{L’alternative souvent opposée à la libération inconditionnelle de ces soldats est “l’échange de prisonniers”.}} La formule peut sembler séduisante : elle a l’apparence de la symétrie, de la réciprocité et de l’équité. Aussi il faut l’analyser du point de vue du droit, et de la défense des droits humains universels en faisant abstraction des considérations géostratégiques, des intérêts et des sympathies pour l’une ou l’autre des parties dans un conflit long et difficile. {{L’exigence de justice nécessite que chaque individu soit considéré non en fonction de son identité mais en fonction de sa responsabilité personnelle quant aux actes qu’il a commis, aidé à commettre ou tenté de commettre.}} {{Pour ce qui est des trois soldats enlevés, les choses sont simples}} :{{ Nul, pas même leurs ravisseurs, ne reproche rien personnellement à Guilad Shalit ni à Goldwasser et Regev.}} Enlever des innocents est l’essence même de la prise d’otages, qu’elle vise des civils ou des militairesLes trois otages sont soldats du contingent au sein d’une armée de conscription.Tous trois ont été kidnappés sur le territoire souverain de leur pays, en totale violation du droit humanitaire international et du droit de la guerre. Ils sont détenus par des organisations terroristes au sens vrai du terme c’est-à-dire qui revendiquent des attentats contre des civils.{{Pour ce qui est des prisonniers palestiniens et libanais les choses sont bien plus complexes.}}-Rares sont les Libanais détenus dans les prisons israéliennes. Le plus célèbre est Samir El Kantar qui purge une peine de prison à vie pour l’assassinat de trois civils israéliens dont une petite fille de quatre ans, assassinée, la tête fracassée sur un rocher, après avoir assisté au meurtre de son père. Voilà le “résistant” dont le Hezbollah réclame la libération… Quel juriste, quel défenseur des doits humains pourrait prôner un échange Goldwasser/Regev-El Kantar ?-Les Prisonniers palestiniens détenus en Israël sont, eux, légion. Tout juriste, tout défenseur des droits humains doit se préoccuper de leurs conditions de détention et de leur droit à être jugés équitablement. Mais il doit aussi avoir à coeur que nul ne soit dispensé de répondre de ses actes du seul fait de son identité. Des détenus soupçonnés d’actes pour lesquels ils n’ont pas encore été jugés ne peuvent être décrétés ni coupables ni innocents. Des gens faits prisonniers lors d’affrontements armés ne peuvent être mis sur le même plan que ceux qui sont accusés d’actes de terrorisme dirigés contre des civils. {{Mais comment peut-on même envisager l’élargissement de détenus jugés et condamnés pour participation à des attentats contre des civils ? Admettre qu’une identité puisse valoir immunité serait réfuter toute condamnation universelle du terrorisme !}}-Le postulat “Innocent” (ou coupable) parce que Palestinien” (ou Israélien, Français, Allemand etc.) doit être tout simplement rejeté.Que des échanges soient envisagés dans le cadre de négociations entre les parties est leur responsabilité. {{La nôtre est de faire entendre la voix d’une conscience universelle}}. -Elle doit refuser d’apporter une caution morale à une revendication démagogique de “libération de tous les prisonniers” en bloc en fonction de leur identité. -Immense serait la responsabilité des organisations qui sacrifieraient les droits des victimes du terrorisme à une “cause”.-Immense aussi serait la responsabilité des politiques qui seraient tentés, pour se poser sur la scène internationale, de prétendre résoudre un conflit décrété bien à tort cause première des convulsions du monde, avec des “Y’a qu’à” simplistes et dangereux.

Actualités : Une bien courageuse position (lettre de démission de la Ligue des Droits de l’Homme)

Sous le titre {{POURQUOI NOUS QUITTONS LA LDH}, Antoine Spire et Cédric Porin, ex-membres du Comité Central de la Ligue des Droits de l’Homme, ont publié le 23 novembre dans le journal LE MONDE une tribune qui commence ainsi : “Constituée pour soutenir la défense d’Alfred Dreyfus, la Ligue des droits de l’homme fut de tous les combats du XXe siècle et peut s’enorgueillir d’avoir porté haut les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité pendant plus de cent ans. Plusieurs événements récents obligent, hélas, à constater que la Ligue a aujourd’hui bradé cet héritage”. Bravo, il était plus que temps pour des défenseurs des droits humains de quitter une Ligue au glorieux héritage mais depuis longtemps passée à la trahison de sa vocation.

A PROPOS D’UNE TRIBUNE D’ANTOINE SPIRE ET CEDRIC PORIN

{{TRIBUNE d’ANTOINE SPIRE et CEDRIC PORIN}} Sous le titre POURQUOI NOUS QUITTONS LA LDH, Antoine Spire et Cédric Porin, ex-membres du Comité Central de la Ligue des Droits de l’Homme, ont publié le 23 novembre dans le journal LE MONDE une tribune qui commence ainsi : “Constituée pour soutenir la défense d’Alfred Dreyfus, la Ligue des droits de l’homme fut de tous les combats du XXe siècle et peut s’enorgueillir d’avoir porté haut les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité pendant plus de cent ans. Plusieurs événements récents obligent, hélas, à constater que la Ligue a aujourd’hui bradé cet héritage”. Notre commentaire : Bravo, il était plus que temps pour des défenseurs des droits humains de quitter une Ligue au glorieux héritage mais depuis longtemps passée à la trahison de sa vocation.

Silence , on massacre au Darfour

Sources : ONU et Eric Reeves – {{Darfour : Kofi Annan condamne les attaques massives lancées contre les civils}} 3 novembre – Le Secrétaire général de l’ONU a condamné hier les attaques massives lancées dimanche et lundi contre les civils de la région de Jebel Moon, au Darfour occidental, provoquant de nombreux morts et de nouveaux déplacements de population. « Les attaques de huit zones d’habitation civiles, notamment un camp accueillant 3 500 personnes déplacées, a causé la mort d’un grand nombre de civils et provoqué la fuite de milliers d’autres », indique un message transmis par son porte-parole à New York. {{« Le Secrétaire général est consterné d’apprendre qu’il y a eu 27 enfants de moins de 12 ans parmi les victimes », ajoute le message.}}- {{Darfour : les Nations Unies dénoncent les raids de miliciens arabes sur les populations civiles}} 3 novembre – Après Kofi Annan, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et le Haut Commissariat aux droits de l’homme ont dénoncé aujourd’hui les attaques commises dimanche et lundi par des miliciens arabes sur au moins huit villages de la région de Jebel Moon, à l’ouest du Darfour. Au moins 50 personnes ont été tuées dans les attaques de Jebel Moon et de Seleha et au moins 7 000 personnes ont été touchées par les violences, selon le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. – {{Soudan : les attaques quotidiennes contre les civils se poursuivent au Darfour}} 7 novembre – La Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) reçoivent, tous les jours, des informations faisant état d’attaques de milices contre des civils et des véhicules humanitaires, sur les routes principales et même à l’intérieur des camps de personnes déplacées. Selon l’une de ces informations, des miliciens ont attaqué, hier, des villages au sud-est d’El Fasher, au nord du Darfour, a rapporté aujourd’hui Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général, lors de son point de presse, au siège de l’ONU à New York. Ils ont brûlé des habitations, détruit des récoltes et capturé les animaux. Un certain nombre de personnes ont été blessés et un nombre inconnu de civils ont été déplacés, forcés de fuir leur village, a-t-il ajouté. – {{Extrait de Eric Reeves “The final onslaught in Darfur : Assaults on Camps for Displaced Civilians.” (L’attaque finale au Darfour : assauts contre les camps de personnes déplacées)}} 4 novembre 2006 Eric Reeves cite le Rapport presque insoutenable de Louise Arbour, Haut Commissaire de l’ONU pour les Droits de l’Homme, dont rendait compte une dépêche AFP du 3 novembre passée inaperçue en France : Plusieurs témoins ont décrit des meurtres d’enfants commis de sang froid par les assaillants, dont celui d’une mère qui affirme que son enfant de 4 ans lui a été arraché des bras pour être abattu d’un coup de feu. Un autre témoin relate : “Quatre enfants se sont échappés et ont couru se réfugier sous un arbre. Un attaquant est venu tirer sur eux, tuant un des enfants. Un autre groupe de trois enfants de 5,7 et 9 ans courraient pour s’enfuir. Celui de 5 ans est tombé et il a été abattu. Un autre témoin affirme qu’à un petit garçon qui l’implorait, un des assaillants a répliqué “Si je te laisse partir tu vas grandir” avant de l’abattre. (Traduction Collectif Urgence Darfour)

Pour Redeker

{{ Le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme, fidèle à la position affirmée dès le début de l’affaire Redeker (cf notre Communiqué du 30 septembre) s’associe tout naturellement à la manifestation organisée à Toulouse en soutien à Robert Redeker.}} – En défendant la loi, le droit républicain et la liberté d’expression, il s’agit de combattre le terrorisme qui cherche à nous interdire de penser, de débattre et de communiquer librement. – Il serait grave que l’ensemble des organisations et partis démocratiques, en particulier les syndicats enseignants, ne s’associent pas à une manifestation de solidarité qui doit être unitaire et massive. {{MANIFESTATION DE SOUTIEN à ROBERT REDEKER}}Pour la loi, le droit républicain, pour la liberté d’expression …Avec la participation de :Mohamed ABDIVice Président de Ni Putes Ni SoumisesPascal BRUCKNEREssayiste – ÉcrivainRoger CUKIERMANNPrésident du CRIFClaude LANZMANNCinéaste – HistorienAlain FINKIELKRAUTPhilosopheBernard-Henry LEVYPhilosophe – EcrivainMichel TAUBMANNDirecteur de la Revue le Meilleur des MondesMohamed SIFAOUIJournaliste – ecrivainDominique SOPOPrésident de SOS RacismePhilippe VALRédacteur en Chef de Charlie Hebdoet de nombreuses autres personnalités…{{MERCREDI 15 NOVEMBRE 2006 à 20hsalle Jean MERMOZ – Toulouse.}}Ile du Ramier – Allées Gabriel Bienes – 31400 Toulouse

Entendu à la radio : De la mort …

{{Entendu sur France Inter}}{{- 1° novembre oblige, le sujet de l’édition du matin était la mort. Invitée: la psychologue Marie-Françoise Bacqué.}} Terreur de la mort, culture de la mort, culture de la vie, culture de guerre, nihilisme, beaucoup de thèmes sont abordés. La psychologue dit des choses fort justes sur la capacité humaine à se blinder face à la mort quotidienne en parlant des Israéliens et des Algériens confrontés au terrorisme. D’autre propos sont plus étranges lorsqu’elle évoque les “kamikazes” (terme abusivement employé pour désigner les terroristes qui se font exploser pour tuer). On l’entend parler de “suicide altruiste” et d’ “idéal passionné” ! Et puis vient l’apothéose : l’intervention de l’auditeur qui nous sert la thèse du complot du 11 septembre, manipulation américaine qui interdirait le deuil aux familles des victimes du 11 septembre. Le journaliste Nicolas Demorand tente de contrer l’auditeur mais la psychologue est moins catégorique.-L’enjeu : si le 11 septembre est une immnense manipulation, le terrorisme islamiste n’existe pas. CQFD. Et voilà comment un certain négationnisme s’invite à l’occasion d’une innocente réflexion sur la mort.-En tout cas il faudra lire avec attention le prochain numéro de la revue “Etudes sur la mort”. Marie -Françoise Bacqué annonce qu’il sera consacré au terrorisme dit suicidaire.

Justice pour les victimes : ça bouge enfin en Argentine

{{ATTENTAT de BUENOS AIRES }}DOUZE ANS APRES L’ATTENTAT de L’AMIA (Association mutuelle israélite argentine) à Buenos Aires, qui avait fait 85 morts et 230 blessés en juillet 1994, deux juges argentins demandent l’arrestation de l’ex-président iranien Rafsandjani et de 7 hauts responsables iraniens de l’époque ainsi que d’un leader du Hezbollah, tous soupçonnés d’être les commanditaires de l’attentat. Les familles de l’AMIA voient enfin aboutir la lutte qu’elles mènent depuis 12 ans mais le courage des juges n’est pas du goût de tout le monde : le quotidien conservateur “La nacion” leur reproche de “jouer avec le feu” et le journal de gauche “Pagina 12” affiche son scepticisme.

L’impuissance de l’Onu au Darfour

{{Un article de Jean-Claude Buhrer}} Le 7 avril 2004, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, avait tiré la sonnette d’alarme lors du 10ème anniversaire du génocide de 1994 au Rwanda. Reconnaissant un peu tard « l’échec collectif » de la communauté internationale dans ce drame, il avait saisi l’occasion pour lancer devant la Commission des droits de l’homme à Genève un plan d’action pour « la prévention du génocide ». Dans la foulée, il avait exprimé sa vive inquiétude devant « les violations massives » des droits de l’homme et la crise humanitaire en train de se produire au Darfour. « N’attendez pas pour agir que le pire soit arrivé ou devienne inévitable », et de mettre l’assistance devant ses responsabilités : « Nous devons tout faire pour prévenir les génocides. Ce n’est qu’alors que nous pourrons honorer dignement la mémoire des victimes d’hier. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons sauver ceux qui risquent d’être victimes demain. » A l’époque, l’ONU évaluait à 30.000 le nombre de personnes tuées au Darfour et recensait un peu plus d’un million de personnes déplacées, dont 200.000 au Tchad. Aujourd’hui, deux ans et demi plus tard, le nombre de morts s’élève à près de 300.000, soit dix fois plus, et celui des déplacés – à deux millions et demi. Comme si le précédent du génocide au Rwanda n’avait servi à rien. Comme si les multiples mises en garde des plus hauts responsables de l’ONU, à commencer par les appels réitérés et désespérés de Kofi Annan, étaient tombés dans l’oreille d’un sourd. La majorité des Etats n’a rien voulu et ne veut rien entendre. Pourtant, une année après le début des combats entre les rebelles et les forces gouvernementales appuyées par les milices arabes, le coordinateur des activités de l’ONU au Soudan décrivait en mars 2004 le conflit du Darfour comme « la plus grande catastrophe humanitaire mondiale ». Juste pour rappel, au passage : en mars 1994, qualifiant la situation « d’explosive » au Rwanda, un rapporteur de l’ONU avait exhorté la communauté internationale à « agir avant qu’il ne soit trop tard. » Un mois plus tard, les massacres commençaient, alors que le régime hutu avait pris soin de se faire élire simultanément à la Commission des droits de l’homme et au Conseil de sécurité, afin de préparer ses sinistres desseins. De même, en avril 2004, le Soudan, qui siégeait à la même Commission des droits de l’homme, avait lui aussi réussi, avec l’appui d’autres pays liberticides, à faire capoter une résolution qui dénonçait le ‘nettoyage ethnique’ en cours au Darfour. Un mois plus tard, il parvenait également à se faire réélire à la Commission des droits de l’homme, malgré la vive opposition des Etats-Unis et alors qu’une mission de l’ONU dépêchée sur place venait de confirmer les témoignages des réfugiés au Tchad et évoquait des « crimes contre l’humanité. » Après avoir pris lui-même la mesure des atrocités commises au Darfour au cours d’un voyage d’information dans la région, en juillet 2004, Kofi Annan tapait du poing sur la table en septembre, en appelant le Conseil de sécurité à agir immédiatement pour éviter l’aggravation de la crise humanitaire. C’était la première fois que le Conseil de sécurité était saisi au terme de l’article 8 de la Convention sur la prévention du crime de génocide, suite à un projet de résolution américain, torpillé par les efforts conjugués des principaux alliés de Khartoum – la Chine, la Russie, le Pakistan et l’Algérie se trouvant en première ligne. De la sorte, l’ONU n’a pu qu’assister impassible aux massacres à grande échelle – selon Kofi Annan, commis au Darfour. Malgré les appels renouvelés du secrétaire général et de la haut commissaire aux droits de l’homme, Louise Arbour, le nouveau Conseil des droits de l’homme, qui a succédé en juin à la défunte Commission complètement discréditée, s’est montré aussi insensible au drame du Darfour qu’à d’autres atteintes flagrantes aux droits de l’homme à travers le monde. Alors que son président mexicain, Luis de Alba, avait préparé une déclaration équilibrée évoquant cinq sujets d’actualité, à commencer par le Darfour, les pays arabes et islamiques ont battu le rappel de leur alliés pour faire échouer le consensus et faire adopter deux résolutions sur les deux seules questions qui les intéressent, la Palestine et la diffamation des religions. Deux réunions extraordinaires ont été tenues jusqu’ici, l’une sur la Palestine et l’autre sur le Liban. Interrogé au cours d’une conférence de presse sur les silences du Conseil à propos notamment du Darfour, où sont dénombrés 10.000 morts par mois, le président mexicain nous a répondu que la convocation d’une session spéciale doit être demandée par le tiers des 47 membres du Conseil, et que cette question ne dépend pas de lui. Dans son message à la deuxième session du nouveau Conseil des droits de l’homme fin septembre, Kofi Annan avait invité les pays membres à faire preuve de la même vigilance que pour le Proche-Orient à l’égard de violations et d’abus où qu’ils se produisent, en particulier au Darfour « où la situation menace de s’aggraver à brève échéance. » De son côté, Louise Arbour avait exprimé sa vive préoccupation devant les déplacements forcés des populations civiles du Darfour et les violations des droits de l’homme commises à grande échelle par les forces du gouvernement soudanais et des groupes armés. Pour les responsables de l’ONU, le diagnostic est des plus clairs. On ne peut pas en dire autant des Etats qui la composent, prisonniers de l’indignation sélective et paralysés par leurs sordides marchandages. Le débat du 27 septembre sur l’examen d’un rapport sur le Soudan en a fourni l’affligeante illustration. L’auteur de ce texte, l’Afghane Sima Samar, n’a pu que déplorer que la situation au Darfour se dégrade sans cesse. « Aucune mesure efficace n’a été prise pour désarmer les milices soutenues par le gouvernement, constate-t-elle. La culture d’impunité persiste, aucun des graves crimes commis au cours du conflit n’a fait l’objet d’une enquête sérieuse, et leurs auteurs n’ont pas été traduits en justice. » Au secours du gouvernement de Khartoum se sont immédiatement portés des pays comme l’Algérie, Bahreïn, le Bangladesh, l’Azerbaïdjan, Cuba, la Chine ou encore le Bélarus, qui se trouvait d’ailleurs lui-même sur la sellette. Le Conseil s’est finalement séparé sans prendre la moindre décision, reportant à plus tard l’adoption d’éventuelles résolutions sur le Soudan et d’autres atteintes manifestes aux droits de l’homme. Dans son dernier rapport sur la situation au Darfour, publié au lendemain de cette nouvelle réunion manquée, Kofi Annan affirme que « l’insécurité n’a jamais été aussi grande dans cette région », mettant une nouvelle fois en garde contre « une nouvelle dégradation dans les prochains mois si rien n’est fait pour protéger les civils des attaques et mettre un terme au conflit de manière pacifique. » Nous voilà prévenus. Jean-Claude BuhrerAncien correspondant du « Monde » auprès des Nations unies à GenèveAuteur de « L’ONU contre les droits de l’homme ? » 1001 Nuits